Vipeoples.net  | Site d'actualité générale sénégalaise des VIP


Cartel albanais, vidéos de torture et cocaïne dans la fripe : Le PJF juge sa première affaire criminelle


Rédigé le Mercredi 1 Avril 2026 à 16:43 | Lu 66 fois | 0 commentaire(s)




La chambre de jugement du Pool judiciaire financier (PJF) a tenu ce 1er avril sa première audience en matière criminelle. Les procès se sont tenus sous la présence du magistrat Pape Mohamed Diop, président de la chambre de jugement financière.

Parmi les trois affaires de trafic de drogue inscrites au rôle figure celle concernant M. Diagne, D. Soumaré alias L. Lass, K. F. B. V. D. Weken, A. A. Ba et P. M. Dieng. Le groupe est poursuivi pour association de malfaiteurs, trafic international de drogue et tentative de trafic international de drogue.

Toutefois, les débats ne se sont pas tenus au fond dans ce dossier, car la défense a soulevé des exceptions fondées sur des violations des droits de la défense et sur la durée des mesures de garde à vue des mis en cause.

C’est Me François Senghor qui a évoqué la nullité de la procédure. Il a rappelé que les prévenus avaient déclaré souhaiter être assistés par un avocat et que leur famille devait s’en charger. Mais, selon l’avocat, dans le procès-verbal, les enquêteurs n’ont pas mentionné la suite de leur demande. Sur un autre aspect, Me Senghor a précisé que la durée légale de la garde à vue est de 48 heures renouvelable une seule fois. Or, les enquêteurs ont procédé à une prolongation supplémentaire. Évoquant les dispositions du règlement 55, Me Senghor a plaidé la nullité de la procédure.

Me Ousseynou Ngom a indiqué que le dossier ne relève pas de la matière terroriste ou d’une atteinte à la sûreté de l’État. Donc, la garde à vue devait être renouvelée une seule fois. Me Ngom a rappelé une jurisprudence de la Cour suprême. Pour lui, la nullité du procès-verbal d’enquête préliminaire profite à tous les prévenus. Me Alioune Badara Fall est allé plus loin, affirmant qu’il n’y a pas de demande de prolongation écrite et motivée de la garde à vue dans le dossier. Leurs confrères, Mes Ibamar Diop, Mamadou Seck, Farama Mané et Amadou Aly Kane, se sont joints à leurs plaidoiries.

Dans ses observations, le procureur de la République financier adjoint, Abdoulaye Diouf, a estimé que les officiers de police judiciaire (OPJ) ont respecté l’obligation d’informer les prévenus de leur droit de se faire assister par un avocat. Mais, selon le parquet, ces derniers n’ont communiqué aucun contact aux OPJ des membres de leur famille qui devaient commettre un conseil pour leur défense. Sur ce point, le procureur estime que les droits de la défense n’ont pas été violés.

Sur le second point, le parquet soutient qu’à l’analyse des éléments du dossier, l’acte de prolongation de la garde à vue y figure. Pour lui, aucune nullité ne peut être retenue dans la procédure. Le procureur a demandé le rejet des exceptions.

Me Senghor a répliqué, soutenant qu’il a photocopié le procès-verbal du tribunal, mais qu’il n’y a pas vu une autorisation de prolongation de garde à vue portant le cachet du procureur de la République. Le procureur affirme que les faits relèvent de la criminalité organisée pour maintenir sa position.

La chambre a joint les exceptions au fond avant de renvoyer l’affaire au 13 mai 2026 pour la comparution du dénonciateur, C. A. T. Diagne.

Retour sur les faits

C’est un réseau aux ramifications entre le Sénégal, la Belgique, la Gambie et les Émirats arabes unis, sur fond de cartel présumé et de règlements de comptes violents. Selon l’ordonnance de renvoi du juge du 3e cabinet du PJF, le 30 novembre 2023, C. A. T. Dia, chauffeur de taxi, a été sollicité pour transporter un colis présenté comme de la friperie jusqu’à Pikine. Mais un détail intrigue. Pris de doute, il alerte une connaissance à l’OCRTIS. Après vérification, il est avéré que le colis contient de la drogue, dissimulée dans des vêtements.

Les premières réquisitions téléphoniques orientent rapidement les enquêteurs vers deux numéros liés à A. A. Ba et M. Diagne. Ce dernier, interpellé et formellement identifié par le chauffeur, livre une version aussi troublante qu’inquiétante.

Cartel albanais, menaces et vidéos de torture

Selon ses déclarations, M. Diagne a été contacté par des individus basés en Belgique, dont un certain A. Mbow, lui expliquant que son propre frère a détourné une cargaison de cocaïne appartenant à un cartel albanais réputé violent.

Très vite, la pression monte : menaces de mort, appels depuis l’étranger, et même une vidéo montrant A. Mbow en train d’être maltraité. Pris de panique, M. Diagne affirme avoir retrouvé son frère dans la forêt de Mbao, récupérant auprès de lui 10 kilogrammes de cocaïne. C’est cette marchandise qu’il tente ensuite de faire livrer.

Une livraison piégée qui fait tomber le réseau

Grâce à la collaboration du chauffeur et à une opération de livraison surveillée, les enquêteurs fixent un premier rendez-vous au rond-point Sédima, puis un second à Zac Mbao. C’est là que D. Soumaré, alias Lanssana Lass, est interpellé en flagrant délit, en compagnie de P. M. Dieng, soupçonné d’avoir servi d’éclaireur lors d’un premier rendez-vous avorté. Dans la foulée, K. F. B. V. D. Veken, ressortissant belge basé à Dubaï, est lui aussi arrêté. La perquisition permet de saisir du haschich, du matériel de conditionnement et plusieurs devises étrangères, indices typiques d’une activité de trafic.

L’exploitation des téléphones portables va révéler l’ampleur du réseau : échanges cryptés via Signal, contacts en Europe, en Afrique du Nord et jusqu’en Amérique latine, transferts d’argent via Wave, confortant la thèse d’une organisation structurée.

K. V. D. Veken évoque même une cargaison initiale de 50 kilogrammes de cocaïne destinée à transiter de la Gambie vers la Belgique via Dakar, impliquant plusieurs intermédiaires, dont un certain Edouard Njei.

Devant le magistrat instructeur, plusieurs mis en cause reviennent sur leurs déclarations initiales. Veken parle de pressions policières et nie toute implication dans un cartel. Il évoque désormais un simple projet lié à l’hydrogène.

D. Soumaré reconnaît la détention de haschich, mais pour usage personnel. P. M. Dieng minimise son rôle. Quant à A. A. Ba, il conteste tout lien avec les faits, malgré des échanges téléphoniques troublants, allant jusqu’à admettre avoir détruit une puce téléphonique.



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Les messages jugés choquants seront de suite supprimés


LERAL TV CANAL 33 SENEGAL


Facebook

Publicité