Le cancer du sein n’est pas exclusivement une maladie féminine. Bien qu’il représente moins de 1 % des cancers du sein diagnostiqués aux États-Unis chez les hommes, il peut également survenir chez eux, généralement à un âge avancé. Peu connu du grand public, il demeure une réalité médicale qui mérite davantage de visibilité, notamment au Sénégal, où les données nationales détaillées sur les cas masculins font défaut. Dans les campagnes d’Octobre Rose, l’attention se concentre principalement sur les femmes, qui constituent l’immense majorité des personnes touchées. Les hommes sont rarement concernés par les messages de prévention, alors qu’ils possèdent eux aussi du tissu mammaire susceptible de développer une tumeur cancéreuse. Cette faible fréquence peut contribuer à retarder la reconnaissance des symptômes. Une grosseur dans la poitrine est parfois assimilée à un amas graisseux ou à une anomalie bénigne. D’autres hommes peuvent hésiter à consulter par gêne, par peur du diagnostic ou simplement parce qu’ils ignorent qu’un cancer du sein peut les concerner. Au Sénégal, les chiffres communiqués par la Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA) font état d’environ 2 220 nouveaux cas de cancer du sein par an et de plus de 1 300 décès. Ces données concernent l’ensemble des personnes atteintes, avec une très nette prédominance féminine. En l’absence de statistiques nationales détaillées selon le sexe, le nombre d’hommes concernés reste difficile à établir. Le Dr Daba Diop, gynécologue-obstétricienne et sénologue au Centre de santé Philippe Maguilène Senghor, rappelle l’importance de reconnaître les signes d’alerte et de consulter rapidement.
Une boule indolore, premier signe d’alerte
Chez l’homme, le cancer du sein se manifeste le plus souvent par une masse située derrière ou à proximité du mamelon. Généralement indolore, elle peut être dure et peu mobile. L’absence de douleur ne doit pas rassurer : une tumeur peut évoluer sans provoquer de gêne particulière à ses débuts. D’autres manifestations doivent également attirer l’attention : un mamelon qui se rétracte vers l’intérieur, un écoulement inhabituel, parfois sanglant, une plaie persistante ou une modification de la peau. Celle-ci peut devenir rouge, se creuser, se rider ou prendre un aspect de peau d’orange. La présence d’une masse sous l’aisselle peut aussi signaler une atteinte des ganglions lymphatiques. Ces symptômes ne signifient pas systématiquement qu’il s’agit d’un cancer. La gynécomastie, caractérisée par une augmentation bénigne du tissu mammaire masculin, peut notamment provoquer un gonflement de la poitrine. Un lipome, constitué de tissu graisseux, peut également former une masse sous la peau. Seul un examen médical permet de distinguer ces différentes affections. Face à une anomalie nouvelle ou persistante, il est donc préférable de consulter rapidement plutôt que d’attendre une éventuelle disparition spontanée ou de recourir à l’automédication.
Âge, génétique et déséquilibres hormonaux
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer un cancer du sein masculin. L’âge figure parmi les principaux : la maladie est généralement diagnostiquée chez des hommes âgés, souvent entre 60 et 70 ans, même si elle peut survenir plus tôt. Les antécédents familiaux jouent également un rôle important. Les hommes dont un parent proche a été atteint d’un cancer du sein peuvent présenter un risque accru, particulièrement lorsque plusieurs membres de la famille sont concernés. Certaines mutations génétiques héréditaires, notamment celles des gènes BRCA2 et BRCA1, sont également associées à une augmentation du risque, BRCA2 étant particulièrement impliqué chez l’homme. Les déséquilibres hormonaux constituent un autre facteur à prendre en compte. Une exposition accrue aux œstrogènes ou une diminution relative de l’action des androgènes peut favoriser le développement de la maladie. Le syndrome de Klinefelter, une anomalie chromosomique rare, est notamment associé à un risque plus élevé.
L’obésité peut également intervenir, car le tissu graisseux participe à la transformation de certaines hormones en œstrogènes. Les maladies du foie, notamment la cirrhose, sont susceptibles de perturber le métabolisme hormonal. À cela s’ajoutent certains antécédents d’irradiation du thorax et, selon les situations, l’utilisation de traitements hormonaux. La présence de ces facteurs ne signifie pas qu’un cancer apparaîtra nécessairement. Inversement, la maladie peut toucher un homme sans facteur de risque clairement identifié. L’essentiel est de connaître les signes d’alerte et de consulter sans tarder en cas de changement inhabituel.
Une vigilance adaptée, sans dépistage systématique
Contrairement aux campagnes destinées aux femmes, il n’existe pas de recommandation générale en faveur d’un dépistage systématique du cancer du sein pour tous les hommes. La vigilance repose plutôt sur l’attention portée aux modifications de la poitrine et sur une consultation rapide lorsqu’un symptôme apparaît. Les hommes présentant une mutation génétique connue ou des antécédents familiaux importants peuvent toutefois nécessiter un suivi individualisé. Les modalités de surveillance doivent alors être définies avec un professionnel de santé, en fonction du niveau de risque. Lorsqu’un homme consulte pour une anomalie, le médecin commence par recueillir les informations sur les symptômes et les antécédents, puis procède à un examen clinique. Selon les résultats, une mammographie ou une échographie peut être prescrite. Si une tumeur est suspectée, une biopsie permet de prélever un échantillon de tissu afin de déterminer, par une analyse en laboratoire, si la lésion est cancéreuse. Si le diagnostic est confirmé, des examens complémentaires permettent d’évaluer l’étendue de la maladie et d’orienter le traitement. La prise en charge repose sur les mêmes grands principes que chez la femme : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie ou traitements ciblés, selon les caractéristiques de la tumeur. Le pronostic dépend notamment du stade auquel le cancer est diagnostiqué, de ses caractéristiques biologiques et de la réponse au traitement. Lorsqu’il est détecté précocement, les possibilités de traitement à visée curative sont généralement plus importantes. Le faible volume du tissu mammaire masculin peut toutefois favoriser une extension vers la peau ou la paroi thoracique, ce qui renforce l’importance d’une consultation rapide.
Briser le silence autour du cancer du sein masculin
Au Sénégal, la sensibilisation reste un enjeu essentiel. La rareté de cette maladie, les idées reçues sur le corps masculin et la gêne que peut susciter une anomalie de la poitrine sont autant d’éléments susceptibles de retarder la consultation. Les campagnes d’Octobre Rose peuvent contribuer à corriger ces perceptions en rappelant que le cancer du sein n’est pas exclusivement féminin. Les professionnels de santé, les médias et les associations ont un rôle à jouer pour diffuser une information claire, sans alimenter de peur disproportionnée. L’objectif n’est pas de laisser croire que tous les hommes sont exposés à un risque élevé, mais de leur donner les moyens de reconnaître les symptômes et de savoir quand consulter. Il importe également d’améliorer la collecte des données nationales afin de mieux documenter le nombre de cas masculins, les circonstances du diagnostic et les difficultés éventuelles d’accès aux soins. Pour le Dr Daba Diop, gynécologue-obstétricienne et sénologue au Centre de santé Philippe Maguilène Senghor, le message de prévention doit rappeler aux hommes qu’une boule dans la poitrine, une modification du mamelon ou un écoulement inhabituel justifient un avis médical, sans attendre l’apparition d’une douleur. L’automédication est à éviter, car elle peut retarder le diagnostic. Rare, mais bien réel, le cancer du sein masculin doit sortir de l’angle mort de la sensibilisation.
Facteurs de risques, manifestations, traitement : le diagnostic comparatif du Dr Kanta Ka chez les deux sexes
Le cancer du sein ne fait aucune distinction entre les hommes et les femmes. Si les femmes restent les principales victimes de cette maladie, les hommes peuvent également être concernés, avec des risques spécifiques et des diagnostics parfois tardifs. Le Dr Kanta Ka insiste sur l’importance de la vigilance et de la consultation précoce. Selon le médecin, environ 1 % des cancers du sein surviennent chez les hommes. Pourtant, cette réalité reste peu connue du grand public. Souvent, on pense à une maladie exclusivement féminine. Pourtant, le cancer du sein touche également les hommes. Le Dr Kanta Ka, cancérologue, affirme que c’est pour cela que les signes d’alerte peuvent être négligés, entraînant des retards de diagnostic et une prise en charge plus difficile. « Les gens ont l’habitude de penser que lorsqu’on parle de cancer du sein, cela ne concerne que les femmes », souligne-t-il, rappelant que la maladie peut toucher tout le monde, indépendamment du sexe ou du milieu social.
Des facteurs de risque qui diffèrent selon le sexe
Chez l’homme, le risque de développer un cancer du sein augmente avec l’âge, notamment entre 60 et 70 ans. Les prédispositions génétiques constituent également un facteur important. Le médecin cite notamment les mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, avec une implication particulière de BRCA2 dans les cancers masculins. Les déséquilibres hormonaux peuvent aussi favoriser la survenue de la maladie. Une augmentation de l’exposition aux œstrogènes, une diminution relative des androgènes ou certaines anomalies du fonctionnement des testicules peuvent modifier l’équilibre hormonal et contribuer au développement d’une tumeur. Certaines affections génétiques, comme le syndrome de Klinefelter, ainsi que la cirrhose du foie et l’obésité, figurent parmi les facteurs susceptibles d’augmenter le risque.
Chez la femme, le cancer du sein est beaucoup plus fréquent, notamment en raison de facteurs biologiques et hormonaux. Toutefois, les facteurs de risque ne se limitent pas aux hormones : l’âge, les antécédents familiaux et certaines prédispositions génétiques doivent également être pris en compte. Les signes d’alerte peuvent être similaires chez les deux sexes : une masse dans le sein, une modification du mamelon ou un écoulement, parfois sanguinolent. Contrairement à une idée répandue, le cancer du sein ne provoque pas nécessairement de douleur à ses débuts. Une grosseur indolore ne doit donc jamais être négligée.
Le retard de diagnostic, un obstacle majeur à la guérison
Pour le Dr Kanta Ka, l’un des principaux défis au Sénégal demeure le recours tardif aux structures sanitaires. Le manque d’information, le recours initial à des traitements traditionnels et les difficultés d’accès aux spécialistes contribuent à retarder le diagnostic. À ces obstacles s’ajoutent les longues listes d’attente dans certains établissements, l’insuffisance des équipements et le nombre limité d’anatomopathologistes, indispensables pour analyser les prélèvements et confirmer la nature d’une lésion suspecte. Le parcours diagnostique repose sur l’examen clinique, puis sur l’imagerie, notamment l’échographie ou la mammographie selon les indications médicales. En présence d’une anomalie suspecte, une biopsie permet de prélever un échantillon de tissu qui sera analysé en laboratoire. Le médecin souligne que les délais accumulés à chacune de ces étapes peuvent compromettre les chances de guérison. Il évoque également le coût élevé des examens, des traitements et du suivi, ainsi que les difficultés d’accès à certains médicaments et équipements thérapeutiques.
Un traitement similaire, une vigilance indispensable
Le traitement du cancer du sein repose, chez l’homme comme chez la femme, sur plusieurs options : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et hormonothérapie. Le choix du protocole dépend notamment du stade de la maladie et des caractéristiques biologiques de la tumeur. Le Dr Kanta Ka invite ainsi les hommes à ne pas banaliser une grosseur au niveau du sein ou du mamelon. Chez eux, le tissu mammaire étant moins développé, une anomalie peut être plus facilement visible. Les femmes sont également appelées à rester attentives à toute modification inhabituelle. Il invite donc à la prévention, à adopter un mode de vie sain, pratiquer une activité physique régulière, prévenir le surpoids et consulter rapidement devant toute anomalie. L’autopalpation peut aider à repérer un changement, mais elle ne remplace ni l’examen médical ni les examens de dépistage recommandés selon l’âge et le niveau de risque. Pour le médecin, la sensibilisation doit concerner les deux sexes. Car, face au cancer du sein, la méconnaissance des symptômes et le retard de consultation peuvent avoir de lourdes conséquences. Un diagnostic précoce reste l’un des meilleurs moyens d'améliorer les chances de traitement et de survie.







