Exit la désillusion du 4-4-44, place à l’effervescence du 4-4-66 ! Le 4 avril 2026 ne sera pas une fête nationale comme les autres. En transférant le cœur des célébrations de l'indépendance du Sénégal de la Place de la Nation (Dakar) vers la « Cité du Rail » (Thiès), le Président Bassirou Diomaye Faye pose un acte politique majeur. Ce choix, officialisé lors du Conseil des ministres du 19 novembre 2025, marque la renaissance du « Programme Indépendance », une initiative qui réhabilite un projet vieux de vingt-deux ans, resté en travers de la gorge des Thiéssois comme l'un des plus grands rendez-vous manqués de l'ère libérale.
« Le président de la République, en perspective de la mise en place des pôles-territoires et dans une approche d’équité territoriale, envisage la célébration de la Fête nationale dans les chefs-lieux des régions, autres que Dakar, sous sa présidence, en présence des populations et des autorités civiles et militaires concernées », rapporte le communiqué du Conseil des ministres qui annonce la bonne nouvelle. Le document ajoute que dans cette perspective, Bassirou Diomaye Faye a demandé au Premier ministre, en liaison avec les parties prenantes, « de mettre en œuvre, dès l’année 2026, un Programme national de modernisation des infrastructures et équipements des chefs-lieux de région, dénommé ‘Programme indépendance’, source d’attractivité des territoires et de relance économique ».
Considérés comme un « levier de compétitivité et de développement durable », les pôles-territoires vont consacrer l’Acte 4 de la décentralisation. Il s’agit, selon la vision du régime actuel, du regroupement de régions administratives visant à décentraliser le développement, planifier l'aménagement du territoire (Horizon 2050) et optimiser les compétences locales (santé, environnement, infrastructures) dès 2026. Les huit pôles (Dakar, Thiès, Centre, Diourbel-Louga, Sud, Sud-Est, Nord, Nord-Est) impliquent élus, secteur privé et société civile pour une gouvernance concertée.
« Programme Indépendance », les raisons de l’échec du 4-4-44
Pour comprendre l’ampleur du défi de la décentralisation des festivités du 4 avril édition 2026, il faut se replonger dans l’effervescence de 2004 où le projet a muri avant de faire pschitt. À l’époque, le Président Abdoulaye Wade, infatigable bâtisseur, avait lancé l’idée révolutionnaire de décentraliser la fête nationale. Thiès, carrefour stratégique et deuxième ville du pays, devait être la vitrine de ce « décollage régional » qui devait placer les chefs-lieux en particulier et l’ensemble des régions du Sénégal en général sur les rampes de l’émergence. Des investissements massifs, chiffrés à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, avaient été injectés pour doter la ville de Thiès d’une voirie moderne, d’un éclairage public de pointe et d’infrastructures d’accueil dignes d’une capitale.
Cependant, ce qui devait être une apothéose a viré au séisme politique aux conséquences lourdes. Le programme indépendance s’est littéralement fracassé contre le mur qui s’était érigé entre Me Wade et son puissant Premier ministre d’alors, Idrissa Seck. Entre accusations de malversations financières et guerre de positionnement politique, le défilé fut rapatrié en catastrophe à Dakar, à quelques jours de la Fête. Si les Thiessois ont hérité de routes bitumées, le projet de Wade est mort-né. Il s’est effondré comme un château de cartes, laissant derrière lui le souvenir amer d’un projet grandiose sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles.
Les « Chantiers de Thiès » deviennent alors le théâtre d’une affaire politico-judiciaire entre un « père » (Wade) et son « fils » (Idy) qui marquera le règne du parti libéral. Le projet de décentralisation des défilés tout comme l’ambitieux « Programme Indépendance » qui en était la charpente sont tous enterrés, qualifiés de gouffre financier et de nid à malversations.
« Programme Indépendance », le défi d’une exhumation
Le concept, resté en sommeil profond pendant plus de deux décennies, connaît un second souffle avec le nouveau régime. La délocalisation n’est plus une improvisation. Elle est le bras armé de la création des Pôles-Territoires. L’objectif étant de faire de l’équité territoriale une réalité. Ceci, en réduisant le poids de Dakar, qui concentre aujourd’hui l'essentiel de la richesse nationale, afin de faire émerger huit pôles économiques dynamiques. Le premier défi que devra relever le nouveau régime est celui de la pérennité du « Programme Indépendance ».
En attendant, la ville de Thiès qui s'apprête à accueillir l'armée, les forces vives de la Nation et la diplomatie internationale, est sous les projecteurs. Le succès de cette édition sera le baromètre de la capacité du nouveau régime à corriger l’histoire et à concrétiser les politiques de décentralisation, restées des vœux pieux depuis 66 ans.







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