La présidente de l’Union pour le progrès et le renouveau du Sénégal, Ndeye Leïla Sow, a été jugée ce lundi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. Elle était poursuivie notamment pour des propos tenus lors d’une émission, à la suite d’une plainte du collectif « And Sam Djiko Yi ».
À la barre, Ndeye Leïla Sow a contesté les faits qui lui sont reprochés. La responsable politique a expliqué que ses déclarations s’inscrivaient dans un débat sur l’homosexualité et relevaient, selon elle, du combat politique.
« Je suis souvent invitée dans les émissions télévisées », a-t-elle soutenu, avant de revenir sur le contexte de l’émission incriminée. Elle affirme avoir reproché à des membres du collectif d’avoir trompé l’opinion publique en accusant l’ancien président Macky Sall de porter un agenda favorable à l’homosexualité.
Selon elle, ces acteurs avaient promis de faire de la criminalisation de l’homosexualité un combat prioritaire et avaient sollicité les khalifes généraux. Mais, depuis le changement de régime, rien n’aurait été fait. C’est dans ce contexte qu’elle dit avoir dénoncé ce qu’elle considère comme un mensonge.
La vidéo incriminée a été projetée à l’audience. On y entend notamment la prévenue tenir des propos virulents : « Ay Sagarou Imam laniou […] Ils sont des menteurs, des bandits et des hommes de l’enfer », déclare-t-elle dans la séquence diffusée devant le tribunal.
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Dans ses observations, le procureur de la République a estimé que les propos tenus étaient suffisamment graves pour susciter l’indignation. Il a soutenu que tout Sénégalais aurait pu se constituer partie civile au regard de la nature des déclarations. Le ministère public a requis six mois d’emprisonnement, dont un mois ferme, ainsi qu’une amende de 500 000 FCFA.
Le collectif « And Sam Djiko Yi » n’a pas comparu à l’audience.
La défense dénonce une justice à deux vitesses
Les conseils de Ndeye Leïla Sow ont plaidé la liberté d’expression et contesté la caractérisation des infractions. Me Djiby Diallo s’est interrogé sur la réaction du parquet face à d’autres propos tenus publiquement contre des khalifes généraux ou le président de la République. Pour l’avocat, un nouveau leadership politique chercherait à entraîner ses adversaires dans une spirale négative.
Me Aboubacry Barro a, lui aussi, dénoncé ce qu’il considère comme une application sélective de la loi. Évoquant des déclarations attribuées à Ousmane Sonko au sujet de l’argent qui aurait été distribué à Touba, il a demandé pourquoi le parquet n’avait pas réagi de la même manière. L’avocat a également contesté la qualité du collectif « And Sam Djiko Yi » pour porter cette affaire, estimant que sa cliente commentait des images sans désigner nommément des personnes. Il a demandé, à titre principal, le renvoi des fins de la poursuite et, à défaut, la relaxe pure et simple.
Me El Hadji Diouf a, pour sa part, dénoncé une instrumentalisation politique de la procédure. « On ne doit pas utiliser l’arme judiciaire pour réduire au silence les adversaires politiques », a-t-il déclaré, s’en prenant vivement au collectif plaignant.
Dans sa plaidoirie, l’avocat a également évoqué le cas de Ngoné Saliou, en faisant des révélations. « Un ministre de la République a donné des instructions au commissaire de la cybersécurité, malgré la décision du parquet qui voulait la garder à vue. Ngoné Saliou a insulté tous les Peuls », a-t-il affirmé, évoquant une « justice à deux vitesses ».
L’avocat a affirmé que sa cliente était victime de lobbys qui, selon lui, n’osaient pas comparaître devant le tribunal. « Un imam qui ment est un sagarou imam. J’assume mes propos », a-t-il lancé, défendant le sens des déclarations de sa cliente et rejetant toute volonté de les diaboliser. Me El Hadji Amadou Sall a également soutenu la défense.
Au terme des débats, le tribunal a déclaré Ndeye Leïla Sow coupable et l’a condamnée à six mois d’emprisonnement, dont un mois ferme, avec une amende de 500 000 FCFA.







