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Sénégal 2.0 : Le pouvoir s’égare et la diplomatie en berne


Rédigé le Samedi 21 Février 2026 à 13:38 | Lu 84 fois | 0 commentaire(s)



Depuis 2024, le Sénégal traverse une séquence internationale délicate. Dans un contexte africain de plus en plus compétitif et fragmenté, plusieurs dossiers ont alimenté l’idée d’un affaiblissement progressif de l’influence diplomatique du pays.


Accumulation d’échecs multilatéraux, tensions bilatérales, difficultés consulaires et ambitions onusiennes incertaines, le tableau soulève une question centrale : le pouvoir a-t-il perdu le cap stratégique en matière de diplomatie ? 

La diplomatie moderne se mesure souvent à la capacité d’un État à placer ses ressortissants à des postes stratégiques. 

L’échec de Dr. Ibrahima Socé Fall au sein de l’Organisation mondiale de la Santé, a été perçu comme un premier signal d’alerte. Dans ces compétitions, la qualité du profil ne suffit pas : il faut bâtir des coalitions solides, mobiliser des réseaux d’influence et négocier des soutiens croisés longtemps en amont. 

Peu après, la candidature de Amadou Hott à la présidence de la Banque africaine de développement n’a pas abouti. Or, la BAD est un instrument d’influence économique majeur. En perdre la direction, signifie céder un levier stratégique dans la définition des priorités financières du continent. 

Pris isolément, ces revers relèvent de la compétition normale entre États. Pris ensemble, ils suggèrent une difficulté à structurer un bloc d’alliances suffisamment robuste. 

On a pas encore fini avec ces deux échecs cités au dessus, au Maroc, la condamnation de supporters sénégalais a suscité une vive émotion nationale. Si la décision relève de la souveraineté judiciaire marocaine, la gestion diplomatique de la crise n'a pas été scrutée : manque d'assistance consulaire, pas de communication officielle, aucune forme de médiation discrète. Dans ce type de dossier, la perception compte autant que l’action. 

Aux États-Unis, le refus de visas à des basketteurs sénégalais a également alimenté un malaise. Une diplomatie proactive anticipe ces situations et active ses canaux en amont, pour éviter que des incidents administratifs ne deviennent des symboles d’affaiblissement. 

La suspension d’extraditions vers la France, a constitué un autre moment de tension. 
Affirmation de souveraineté pour les uns, crispation diplomatique pour les autres. Mais toute friction durable avec un partenaire stratégique, a des conséquences sur la coopération judiciaire, sécuritaire et économique. 

Macky Sall à l’ONU : ambition à haut risque, au vu de la défaillance diplomatique ? 

La possible candidature de Macky Sall à un poste de premier plan au sein de l’Organisation des Nations-Unies représente un test déterminant. Le poste de Secrétaire général exige : 
un consensus africain clair, qui existe sans le Sénégal pour l'instant; l’acceptabilité par les grandes puissances déjà acquise; l’absence de veto au Conseil de sécurité déjà acquise; un lobbying diplomatique mondial d’une intensité exceptionnelle, qui peine à se former, à cause de la zizanie dans notre pays; 

Dans un contexte marqué par plusieurs revers récents, cette ambition comporte un risque : celui d’exposer davantage les limites de l’influence actuelle du Sénégal, si la coalition nécessaire n’est pas solidement construite. 

L’Afrique d’aujourd’hui, n’est plus celle d’hier. De nouveaux États structurent leurs alliances, investissent massivement dans leur diplomatie économique et anticipent les compétitions internationales plusieurs années à l’avance. 

Le Sénégal conserve des atouts : stabilité institutionnelle, tradition de médiation, capital diplomatique historique. Mais ces acquis ne suffisent plus. La diplomatie contemporaine exige planification, cohérence stratégique et mobilisation permanente des réseaux d’influence. 

Quand je vous dis que « le pouvoir s’égare », cela ne signifie pas que je nie les acquis diplomatiques passés, de Senghor à Macky Sall. Cela signifie pour moi, que je m'interroge sur la cohérence actuelle : 
Les candidatures internationales sont-elles hiérarchisées ? 
Les alliances régionales sont-elles consolidées avant les échéances ? 
La diplomatie présidentielle et technique parlent-elles d’une seule voix ? 
L’image internationale du pays est-elle suffisamment stabilisée pour soutenir de grandes ambitions ? 

Sans stratégie globale clairement lisible, les initiatives apparaissent fragmentées et exposées aux revers. 

Pour ma part, les épisodes d'échecs récents ne constituent pas nécessairement un déclin irréversible, mais peuvent être les symptômes d’une transition mal maîtrisée par des débutants, dans un environnement devenu plus compétitif. Disons, la cour des grands ! 

Le Sénégal 2.0 devra choisir :
soit subir les dynamiques régionales et internationales, 
soit reconstruire méthodiquement une diplomatie offensive, cohérente et anticipatrice, en dehors des émotions de circonstance et les micmacs d'incertitudes. 

Car dans le monde actuel, l’influence ne se revendique pas : elle se construit, se négocie et se défend. C'est comme le pouvoir, il ne s'hérite pas, il ne se prête pas, il se mérite.” 





Le président M. Bougar Diouf 
Union des Panafricanistes Sénégalais - UPS


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