Il est des voix dont la singularité s'impose dès les premières notes pour devenir une véritable signature artistique. Celle de Mamy Mbaye appartient à cette catégorie. À la fois puissante, agile et immédiatement reconnaissable, elle a accompagné les différentes étapes d'un parcours construit entre musique urbaine, variété et cinéma. Une trajectoire faite de rencontres, de défis et de métamorphoses, qui connaît aujourd'hui une résonance internationale avec les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026.
ALIF, le premier chapitre d'une aventure collective
L'histoire musicale de Mamy Mbaye s'est d'abord écrite au pluriel. Avant de s'affirmer en solo, l'artiste s'est fait connaître au sein du groupe de rap ALIF, acronyme d'Attaque libératoire de l’infanterie féminine, l'un des groupes précurseurs du rap exclusivement féminin au Sénégal.
Fondé en 1997 par Mariame Diallo (alias Myrièm), Ndiaya Guèye (alias Ndaaya) et Oumy Ndiaye, le groupe s'est imposé avec force dans le paysage du hip-hop national. À une époque où le rap demeurait largement dominé par les hommes, ALIF a fait entendre une autre voix : celle de femmes investissant la scène urbaine avec leurs propres codes, leurs convictions et une identité musicale affirmée.
Le groupe a su développer un univers singulier, mariant les sonorités du hip-hop aux influences locales, notamment le mbalax. En 2006, Mamy Mbaye a rejoint l'aventure en remplacement d'Oumy. Une nouvelle étape s'est alors ouverte pour la jeune artiste, qui est parvenue à imposer sa personnalité et son timbre vocal particulier. Avec ALIF, elle a participé à l'écriture d'une page mémorable de la musique urbaine sénégalaise, marquée notamment par le titre emblématique « Bul di rarati ».
Jimmy Mbaye, un héritage qui résonne
Chez les Mbaye, la musique dépasse la simple passion pour devenir un héritage familial. Mamy est la fille de Mamadou Mbaye, plus connu sous le nom de Jimmy Mbaye, virtuose de la guitare sénégalaise. Né en 1957 à Dakar et rappelé à Dieu le 12 février 2025, Jimmy Mbaye a profondément marqué le patrimoine musical national. Guitariste d'exception, auteur-compositeur et interprète, il fut l'un des piliers fondateurs du Super Étoile de Dakar aux côtés de Youssou Ndour. Son jeu unique et sa contribution décisive à l'évolution du mbalax lui ont valu une place de choix dans la mémoire collective.
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Si le talent de Mamy Mbaye s'exprime à travers une sensibilité autonome, son parcours s'inscrit naturellement dans le prolongement de cette tradition familiale. De son père, elle a hérité un environnement où la création et l'exigence artistique occupent une place centrale. C'est toutefois avec sa propre voix qu'elle a choisi d'écrire son histoire.
Une carrière solo entre affirmation et maturité
Après la séparation d'ALIF, Mamy Mbaye a ouvert une nouvelle page en entamant une carrière solo. Un exercice qui lui a permis d'affiner son identité musicale et d'explorer un registre plus personnel. Elle a enchaîné les productions marquantes : « Yow la Beug » en 2017, « Love » en 2019, puis « Mounieul » et « Sa Dome La » en 2022, illustrant sa constante évolution artistique.
Au fil des ans, la chanteuse a forgé un univers mûr, s'appuyant sur cette agilité vocale remarquable qui lui permet de naviguer avec aisance entre envolées mélodiques et nuances ornementales.
Du micro à la caméra, une artiste accomplie
La musique ne résume pas à elle seule l'univers de Mamy Mbaye. La comédienne s'est également illustrée dans le septième art, où elle a construit une carrière solide. Son parcours cinématographique a pris une dimension supérieure avec « Dent pour Dent », long-métrage sénégalais réalisé par Mamadou Ottis Bâ en 2023. Son interprétation du docteur Viviane, rôle principal féminin, lui a permis de déployer toute l'étendue de son jeu d'actrice. Cette prestation lui a valu une reconnaissance internationale, matérialisée par des nominations au FESPACO ainsi qu'aux Sotigui Awards dans la catégorie de la meilleure actrice.
À la télévision, Mamy Mbaye a confirmé son talent dans la série dramatique « Mounieul », produite par EvenProd, où elle incarne Fama Sall. Elle est également apparue dans « Boutikou Diogoye » (Marodi) ainsi que dans des fictions radiophoniques à succès comme « Kalep », prêtant ses traits au personnage de Joor. Des planches aux plateaux de tournage, elle refuse de se laisser enfermer dans une seule discipline et continue d'élargir son champ d'expression.
«Teranga » : La consécration d'une voix aux JOJ Dakar 2026
Le nouveau tournant de sa carrière porte aujourd'hui le nom de « Teranga ». En devenant l'interprète de la chanson officielle des JOJ Dakar 2026, Mamy Mbaye accède à une visibilité internationale sans précédent. Il s'agit d'un rendez-vous historique, le Sénégal accueillant pour la première fois sur le sol africain cet événement olympique d'envergure mondial. Sa sélection est survenue à l'issue d'un concours rigoureux organisé par le Comité d'organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (COJOJ). Le jury, réunissant des figures majeures de la musique sénégalaise comme Omar Pène, Kiné Lam, Coumba Gawlo et Baaba Maal, a choisi sa voix pour porter ce projet symbolique.
Cependant, l'aventure de « Teranga » ne s'est pas faite sans débats. Dès sa parution, le morceau a suscité des réactions contrastées dans l'opinion publique, particulièrement au sujet de ses choix instrumentaux et linguistiques. Certains mélomanes ont déploré des arrangements éloignés des sonorités locales, tandis que d'autres ont réclamé une plus grande place pour les langues nationales dans une œuvre censée incarner le Sénégal.
L'usage du français pour les couplets et de l'anglais pour le refrain a également alimenté les controverses, plaçant la chanteuse au centre de discussions dépassant le simple cadre artistique. Il convient toutefois de distinguer l'interprétation vocale de la conception de l'œuvre : la version finale de « Teranga » a sensiblement évolué par rapport à la proposition initiale déposée par l'artiste, laquelle comportait notamment des couplets en wolof.
Malgré les polémiques, Mamy Mbaye demeure la voix d'un hymne historique pour le Sénégal et l'Afrique olympique. Une responsabilité de premier ordre qui consacre le parcours exceptionnel d'une artiste complète.








