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L'impérialisme américain servi cru par Donald Trump


Rédigé le Mercredi 21 Janvier 2026 à 12:02 | Lu 63 fois | 0 commentaire(s)




L’enlèvement par les États-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro et son transfert à New York en vue de poursuites judiciaires pour narcotrafic portent gravement atteinte à un système juridique international fondé sur les Nations Unies et bâti en grande partie par les États-Unis. 
L'impérialisme américain servi cru par Donald Trump
Le président Donald Trump ne fait certes que poursuivre une longue tradition d’interventionnisme américain à l’étranger. Pour autant, alors que les précédentes administrations américaines feignaient à tout le moins de défendre les droits de l’homme ou la démocratie, Trump renonce à toute façade : selon ses propres dires, la mission des États-Unis au Venezuela consiste à prendre le contrôle des plus importantes réserves de pétrole   de la planète. 

Ironie de la situation, la doctrine Monroe, dépoussiérée par Trump pour justifier l’éviction de la Chine (qui achetait environ 80 %   des exportations pétrolières du Venezuela) hors de l’hémisphère occidental, est née de la faiblesse militaire des États-Unis. Dans les années 1820, cherchant à exclure les puissances coloniales européennes de leur arrière-cour autoproclamée, les États-Unis devront dans un premier temps s’appuyer sur la marine royale britannique pour la surveillance des mers. 

Ce n’est qu’à partir du « corollaire   Â» Ã©tabli en 1904 par le président américain Theodore Roosevelt, dans le prolongement de la doctrine Monroe, que les États-Unis acquièrent les capacités militaires suffisantes pour imposer leur volonté dans la région, une détermination affichée dès 1898 au moment de l’expulsion des Espagnols par les Américains. À cette époque, la Pax Americana devient synonyme d’un projet expansionniste de « diplomatie canonnière Â», ainsi que d’un « impérialisme yankee   Â» dans le cadre duquel les États-Unis annexeront Hawaï, Guam, Samoa et Porto Rico, tout en occupant les Philippines et Cuba. Les États-Unis mèneront auparavant une guerre contre le Mexique, de 1846 à 1848, et s’empareront   de 55 % de son territoire (les actuels Californie, Arizona, Colorado, Nevada, Nouveau-Mexique et Utah). 

De même, pendant la guerre froide, les États-Unis soutiendront   un certain nombre de caudillos militaires au Brésil, en Argentine, au Chili, en Uruguay, au Paraguay ainsi qu’en Bolivie, tout en appuyant les escadrons de la mort et les insurgés de droite au Salvador, au Guatemala et au Nicaragua, au nom de l’anticommunisme. Plus loin encore, jusqu’en Iran, les États-Unis (poussés par la Grande-Bretagne) renverseront   le gouvernement démocratiquement élu de Mohammad Mossadegh en 1953, puis joueront un rôle central   dans l’assassinat du dirigeant congolais Patrice Lumumba en 1961, avec l’aide de la Belgique. 

Une vingtaine d’années plus tard, l’administration du président américain Ronald Reagan renversera un gouvernement militaire de gauche sur l’île de Grenade. Son successeur, George H.W. Bush, enverra des soldats américains capturer   le dirigeant militaire du Panama, Manuel Noriega, sur la base d’accusations de trafic de drogue (un prélude frappant à l’enlèvement de Maduro). 

En 1999, le président américain Bill Clinton ordonne le très controversé bombardement de la Serbie, sans résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, afin de contraindre le pays à s’asseoir à la table des négociations. Trois ans plus tard, son successeur George W. Bush soutiendra une initiative menée par des entreprises   pour renverser le dirigeant populiste du Venezuela, Hugo Chávez. Un soulèvement populaire fera néanmoins échouer ce putsch. L’administration Bush ordonnera par la suite sa fameuse invasion de l’Irak (à laquelle sont à l’époque opposés de fidèles alliés tels que la France et l’Allemagne) au prétexte fallacieux selon lequel Saddam Hussein aurait été en possession d’armes de destruction massive. Aucune planification n’ayant été élaborée pour l’après-guerre, cette intervention se transformera en bourbier sanglant, et l’on dénombrera en 2011 environ 461 000 morts du côté irakien

Enfin, sous la présidence de Barack Obama, 542 frappes de drones   feront environ 3 797 morts, principalement au Yémen et au Pakistan. En 2011, Obama dirigera le bombardement de la Libye par l’OTAN. Cette fois-ci mandatée par le Conseil de sécurité de l’ONU pour préserver la population d’un massacre, cette mission se transformera pour autant rapidement en opération de changement de régime, qui aboutira au lynchage du dictateur libyen. Comme l’expliquera   plus tard Obama, « Nous devions nous assurer que Mouammar Kadhafi ne resterait pas au pouvoir... Kadhafi avait plus de sang américain sur les mains que n’importe quel autre individu à l’exception d’Oussama ben Laden ». 

Obama provoquera ainsi la destruction de la Libye, de la même manière que Bush aura causé celle de l’Irak. Une fois de plus, rien n’aura correctement été planifié s’agissant des conséquences de l’intervention. La mission de l’OTAN plongera la Lybie dans l’anarchie. Au cours des années qui suivront, milices et armements se propageront dans un Sahel déjà instable, qui représente aujourd’hui plus de la moitié   des décès liés au terrorisme à l’échelle mondiale. 

Les États-Unis sont ainsi engagés historiquement dans une quête perpétuelle d’ennemis étrangers, des impérialistes européens jusqu’aux marxistes latino-américains, en passant par les communistes soviétiques, les djihadistes islamiques et les mercantilistes chinois. Ce qui distingue toutefois la politique étrangère de Trump de celle de ses prédécesseurs, c’est son recours imprudent et brutal à la force militaire, son incapacité à saisir la subtilité du soft power, ainsi que son irresponsable entreprise de destruction des institutions et alliances multilatérales qui sous-tendaient l’hégémonie mondiale des États-Unis depuis 80 ans. Trump se démarque également par son mépris pour l’État de droit à l’intérieur de son propre pays, par la corruption éhontée et par les transactions intéressées auxquelles il se livre, ainsi que par l’agenda xénophobe qu’il soutient ouvertement, cher aux suprémacistes blancs. 

La réaction mondiale face à l’hubris de Trump au Venezuela démontre que l’actuel président américain a creusé le fossé entre les pays du Sud et ceux du Nord. Ce mois-ci, lors d’une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Brésil, le Mexique, la Colombie, Cuba, la Chine et l’Afrique du Sud se sont montrés particulièrement virulents dans leur condamnation   de l’intervention américaine. La Russie elle-même, qui mène une guerre d’agression illégale en Ukraine, a eu l’insolence de fustiger les États-Unis avec le plus grand sérieux. 

De son côté, à travers sa réaction largement modérée, l’Europe révèle une fois de plus son manque de courage face à un allié majeur devenu incontrôlable, comme elle l’avait fait en fermant les yeux sur les massacres commis par Israël à Gaza. Cette hypocrisie est pourtant contreproductive, dans la mesure où la lâcheté de la réponse européenne aux situations à Gaza et au Venezuela affaiblira le soutien diplomatique à l’Ukraine au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies. 

Et voici que l’Europe se retrouve directement confrontée à l’impérialisme américain, compte tenu des projets de Trump concernant le Groenland. L’agression impérialiste américaine étant désormais pleinement dévoilée, les Européens, comme les populations de l’ensemble de l’hémisphère occidental, pourraient bientôt exprimer leur propre version de la complainte   du dictateur mexicain du XIXe siècle, Porfirio Diaz : « Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des États-Unis Â».
 
Adekeye Adebajo, professeur et chercheur principal au Centre for the Advancement of Scholarship de l’Université de Pretoria, a participé à plusieurs missions de l’ONU en Afrique du Sud, au Sahara occidental et en Irak. Il est l’auteur de l’ouvrage intitulé The Splendid Tapestry of African Life: Essays on a Resilient Continent, its Diaspora, and the World   (Routledge, 2025), ainsi qu’éditeur de The Black Atlantic’s Triple Burden: Slavery, Colonialism, and Reparations   (Manchester University Press, 2025).
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