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L’Afrique, victime silencieuse du conflit en Ukraine ?”, Par Mamadou Cissé


Rédigé le Jeudi 19 Février 2026 à 19:25 | Lu 76 fois | 0 commentaire(s)




L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 202,2 a déclenché de nombreux chocs géopolitiques dans le monde. Au premier abord, cette guerre lointaine ne devait pas concerner l’Afrique, qui ne s’est d’ailleurs jamais alignée dans le conflit : si la majorité des pays africains ont voté en faveur de la résolution ES-11/1 de l'Assemblée générale des Nations unies, exigeant le retrait des forces russes d’Ukraine, aucun n’a pris de sanctions à l’encontre de la Russie. L’immense majorité des pays africains continuent d’avoir des relations diplomatiques et commerciales, à la fois, avec la Russie et avec l’Ukraine. 

L’Afrique, tirée par la Russie dans cette guerre ? 

Pourtant, force est de constater que la Russie n’accepte pas la neutralité de l’Afrique dans ce conflit. Si les bombes frappent l’Ukraine, leurs répercussions, elles, se font sentir jusqu’en Afrique. 

Presque 4 ans, jour pour jour, après le début de la guerre, la Russie est largement tenue en échec en Ukraine. Elle ne contrôle que 20 % du territoire ukrainien, ce qui est bien loin de l’objectif initial de conquête totale. L’Ukraine a même fait ses gains territoriaux les plus importants depuis 2023, début février 2026. Des chercheurs du Center for Strategic and International Studies estiment même que l’avancée moyenne des grandes offensives russes n’est que de 15 à 70m par jour !Cela en fait donc une des offensives les plus lentes de toute l’histoire militaire. Pourtant, la Russie paie sa guerre au prix fort, avec plus de 350 000 morts et 900 000 blessés… 

Mais la Russie ne peut pas soutenir seule sa guerre. Pour ce faire, elle se tourne de plus en plus vers l’Afrique, en la projetant malgré elle dans un conflit qui ne la concerne pas. 

Un jeu trouble de la Russie : entre opportunités et mensonges 

Deux filières de recrutement se sont particulièrement développées au cours des dernières années : celles d’homme africains pour le front et celles de femmes pour les usines d’armement russes. 

Grâce à de fausses promesses, la Russie organise ainsi un recrutement massif et illégal de jeunes Africains souvent précaires. Ce trafic humain est orchestré par des agences de voyages complices, des influenceurs vantant le mode de vie russe, et divers acteurs régulièrement impliqués dans l’écosystème des Maisons russes sur le continent. Tout un système très lucratif a ainsi été mis en place par la Russie dans plus d’une trentaine de pays africains, exploitant la misère humaine pour promettre des faux avantages alléchants, tels que des salaires élevés, des visas accélérés et une naturalisation rapide. 

Mais sur place, c’est le cauchemar : les promesses se sont évaporées, et les nouvelles recrues se retrouvent sur le front, à subir les mauvais traitements de leurs « camarades » russes. Le 9 janvier, une vidéo postée sur X comptant plusieurs dizaines de millions de vues a de nouveau illustré le triste phénomène. On y voit un soldat africain maltraité par un soldat russe. Insulté de « morceau de charbon », l’homme est attaché à une mine anti-char, dans le but de se servir de lui comme d’un « kamikaze », envoyé à la mort dans le mépris le plus total. 

Les jeunes et les femmes précaires particulièrement touchés 
Entre 2023 et 2025, un bilan cauchemardesque peut être dressé. Selon un article en date du 11 février, le quotidien Le Soleil, rappelle qu’au moins 1 417 Africains auraient été enrôlés dans les rangs de l’armée russe. Il s’y ajoute que plus de 316 seraient déjà morts. 

L’important taux de mortalité des soldats africains est de 22 %, soit bien plus que les recrues russes. Le taux de mortalité monte même à 30 % pour les Camerounais, qui font partie des nationalités les plus ciblées par la Russie, aux côtés des Egyptiens et des Ghanéens. 

Ainsi, de nombreux pays africains se sont levés pour lutter contre la politique de la chair à canon russe. Pour empêcher le recrutement continu de la Russie dans leurs propres forces de sécurité, éviter de nouveaux morts et assurer la sécurité de leurs ressortissants, le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Kenyaont tous publiquement pris la parole pour alerter leurs citoyens et condamner la Russie. Qu’attendent les autres pays africains pour eux aussi faire barrage ? D’autant plus que le sort réservé aux femmes recrutées n’est pas vraiment meilleur. La Russie mène une campagne de recrutement de main-d’œuvre féminine en Afrique subsaharienne pour soutenir son effort de guerre à travers le programme « Alabuga Start », du nom de l’usine de drones d’Alabuga au Tatarstan. Ce programme est fondé sur des campagnes sophistiquées et mensongères diffusées sur les réseaux sociaux. Son ambition est de recruter 10 000 ressortissantes africaines pour soutenir sa production de guerre. 

Là encore, une fois sur place, les promesses d’emploi et de formation ont disparues. Les femmes se retrouvent à manipuler des produits chimiques toxiques ans aucune protection. Les conditions de travail sont bien en dessous des attentes avec des horaires excessifs, des rémunérations réduites, un climat de racisme et de sexisme… 

L’encadrement militaire de ces usines réduit finalement les participantes à une main-d’œuvre étrangère bon marché, essentielle pour compenser les pénuries de l’industrie de défense russe. 

Une participante au programme, qui avait initialementdocumenté avec enthousiasme son voyage, raconte au média Regard sur l’Afrique son désenchantement total : « Je regrette et je maudis le jour où j’ai commencé à fabriquer toutes ces choses ». 

Mamadou Cissé


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