Pendant la conférence de Dakar au Musée des civilisations noires ce jeudi 9 avril 2026, Ousmane Sonko a encore évoqué la souveraineté décomplexée. En recevant le géopolitologue Pascal Boniface, le Premier ministre Ousmane Sonko a mis à nu la doctrine de Donald Trump et l’échec d’un modèle occidental fondé sur la force plutôt que sur le droit. S’appuyant sur les transformations du système international en 2026, Ousmane Sonko a ouvert son réquisitoire par un bilan sans appel de l'influence américaine. Pour le chef du gouvernement sénégalais, « le retour de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale n'a pas tenu ses promesses de stabilité ». « Est-ce que le monde est plus sûr ? Est-ce que le monde est en paix ? », s’est-il interrogé, avant de qualifier le locataire de la Maison-Blanche d’« homme de déstabilisation » dont les actions s'avèrent dangereuses pour l'équilibre global. Sans doute la raison pour laquelle « il demande à tous s’il mérite le prix Nobel de la paix ? » a dit Sonko.
« À part semer le chaos... » : le constat de l’échec militaire
Le Premier ministre a particulièrement insisté sur l'inefficacité des interventions militaires occidentales des dernières décennies. Reprenant une analyse partagée avec Pascal Boniface, il a dressé une liste noire des échecs stratégiques : Vietnam, Irak, Afghanistan, Libye, Somalie. « Aucune guerre n’a été gagnée parce qu’aucun des objectifs n’a été atteint. À part semer le chaos et le désordre derrière eux dans ces pays, ces interventions n'ont rien produit ».
Pour Ousmane Sonko, le dogme de la « démocratie d'exportation » est une chimère. Il a vigoureusement dénoncé l'ingérence systémique, notamment la pratique consistant à exfiltrer des chefs d'État pour les soumettre à des justices étrangères, y voyant une violation flagrante du droit international et de la dignité des peuples.
Analysant la perte d’influence de l’Occident, Sonko a évoqué le basculement tectonique de l’économie mondiale. Il a souligné que la stratégie américaine actuelle, visant à asphyxier ses concurrents, témoigne surtout d’une peur de perdre sa première place face à la montée en puissance de la Chine. Évoquant la fin du système du « pétrodollar », il a prédit une transformation radicale des échanges internationaux où les monnaies nationales et la souveraineté économique reprendront leurs droits.
Pour un partenariat d’égal à égal
Sur le même volet, il a lancé un appel à la conscience africaine. Pour Ousmane Sonko, la solution au « piège de Thucydide », la lutte hégémonique entre blocs, ne viendra pas de l'extérieur, mais d'un retour aux racines. « Lorsqu'un peuple croit en lui-même, croit à ses capacités, lorsqu'il est convaincu d'être une civilisation forte ancrée sur des valeurs endogènes, ce peuple peut résister à tout ».
Le Premier ministre a tenu à saluer la « clarté des prises de position » de Pascal Boniface, dont la présence à Dakar valide, selon lui, la nécessité d'une réflexion africaine autonome sur les enjeux d'un monde multipolaire. Ce discours marque une étape décisive dans la diplomatie sénégalaise : le refus du suivisme et l'exigence d'un partenariat d'égal à égal avec toutes les puissances. Pour Ousmane Sonko, la rupture n'est pas un isolement, mais le préalable nécessaire à une collaboration sincère et respectueuse.








