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Diabou Bessane Diouf : la femme qui ressuscite les héroïnes oubliées du Sénégal


Rédigé le Dimanche 16 Août 2026 à 15:20 | Lu 56 fois | 0 commentaire(s)




La réalisatrice du film documentaire « Les mamans de l’Indépendance », Diabou Bessane Diouf, a fait de l’égalité entre les femmes et les hommes un fil conducteur. Journaliste de formation, communicante, enseignante et productrice, elle s’attache à faire émerger les voix et les trajectoires féminines que l’Histoire a trop souvent reléguées dans l’ombre. Seneweb revient sur son parcours.

​« C’est l’éducation reçue dans la première enfance qui laisse la plus profonde empreinte. Â» Cette citation attribuée au père de la psychanalyse, Sigmund Freud, semble trouver un écho particulier dans le parcours de Diabou Bessane Diouf. Seule fille d’une fratrie de quatre enfants, elle a grandi avec l’égalité entre filles et garçons comme principe cardinal. Une éducation qui continue de résonner dans la manière dont elle élève aujourd’hui ses propres enfants. « Le petit garçon n’a pas à être éduqué comme un prince, et la petite fille n’a pas à être éduquée comme une servante Â», affirme la mère de famille.

​Féministe assumée, la journaliste de formation, diplômée de l’Institut Supérieur d'Entrepreneurship et de Gestion (ISEG) depuis 2024, a fait de cet idéal d’égalité un fil rouge de son existence. « Je pense qu’il y a beaucoup de choses qu’il faut faire pour que la femme occupe la place qui est la sienne dans notre société. Il ne s’agit pas de dire que la femme a telle place. Il suffit de leur donner la place qui leur revient. Mais tant qu’il s’agira de militer pour que la femme ait ces droits-là, je le ferai sans hésiter. Et pour moi, c’est ça un engagement féministe. Ça ne va pas plus loin que ça Â», affirme la fondatrice de Féline Production.

​Cet engagement prend notamment corps en 2012, lorsqu’elle réalise « Les Mamans de l’Indépendance », un film documentaire qui rend hommage au destin exceptionnel de 17 femmes pionnières et à l’Union des Femmes du Sénégal (UFS), première association féminine apolitique créée en 1957 pour œuvrer à l’indépendance et à la défense des droits sociaux au Sénégal.


​Pour la titulaire du Certificat en production audiovisuelle de l’Institut Cervantes qui « aime travailler sur les questions de mémoire à travers l’écriture, le cinéma, les médias, mais aussi à travers la recherche Â», le point de départ de cette production de 52 minutes tient dans une série de rencontres. « Je me rendais compte qu’elles étaient fortement invisibilisées et que leur mérite n’apparaissait pas toujours Â», explique-t-elle. L’oubli lui apparaît alors comme une profonde injustice.

​Cette sensibilité à la mémoire semble également puiser dans l’héritage paternel. Son père, disparu il y a un peu plus de dix ans, « lisait beaucoup et écrivait de temps en temps des histoires ou des mémoires Â», confie Mamadou Bessane, un cousin de Mme Diouf.

​De cette conscience naît cette forme d’obsession de retrouver les femmes que l’Histoire a laissées dans l’ombre. À partir d’une simple photographie photocopiée dans un mémoire, elle entreprend de retrouver celles qui y apparaissent. La membre de l’association African Women Leaders Network (AWLN) en retrouvera sept et recueillera leurs témoignages sur l’indépendance du Sénégal. Le documentaire devient alors bien plus qu’un film historique. Il traduit cette conception intime du féminisme de rendre aux femmes leur place dans le récit collectif en restituant la mémoire de celles qui ont contribué à façonner l’Histoire.

​Le militantisme de cette native de Dakar se nourrit également de figures féminines qui ont jalonné son parcours. Eugénie Rokhaya Aw, première femme à diriger le Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI), lui a notamment appris « ce que c’était, la sororité Â».

​Un héritage qu’elle s’efforce depuis 2022 de prolonger à son échelle. Dans l’enseignement du genre au CESTI, à travers ses interventions sur le leadership féminin, son engagement en faveur des droits des femmes ou encore Jaabu TV, qu’elle a fondée pour donner de la visibilité aux femmes africaines encore trop peu présentes dans les médias classiques, elle poursuit le même dessein de faire entendre, voir et reconnaître celles que les récits dominants ont trop souvent reléguées au second plan.

​« La femme de caractère, assez réservée Â», comme la décrit M. Bessane, refuse toutefois de dissocier le féminisme de son terreau culturel. « Il faudrait avoir un féminisme avec un ancrage endogène Â», estime-t-elle. Pour elle, « nos valeurs féministes doivent être tirées de notre histoire, de notre culture, de nos braves mamans qui n’ont pas utilisé les mots du féminisme occidental, mais qui n’en étaient pas moins féministes, parce que, sur les questions de femmes, elles ont toujours été très impliquées et se sont toujours battues Â», martèle la quadragénaire.

​Pour l’ancienne cheffe de division du Grand Théâtre national, la mémoire est donc une passerelle entre les générations, un moyen de donner au présent des figures auxquelles se raccrocher et de rappeler que les femmes n’ont pas attendu que l’on nomme leur combat pour le mener.



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