Pretoria a expulsé des dizaines de milliers d’Africains cette année et cherche désormais à se faire rembourser. Une note globale de 292 millions de rands — soit près de 10 milliards de francs CFA (environ 18 millions de dollars US) — a été envoyée aux pays d’origine de ces ressortissants, sans qu'aucun accord préalable n'ait été conclu.
​Une opération d'expulsion au coût incontrôlé
​Depuis janvier 2026, l’Afrique du Sud a été le théâtre d’une forte mobilisation anti-immigrés, marquée par des manifestations, des contrôles d’identité improvisés et un ultimatum fixant au 30 juin la date limite de départ pour tout étranger en situation irrégulière. Entre fin juin et début août, 82 875 personnes ont transité par les centres de rapatriement du pays. Initialement estimée à 60 millions de rands par le ministère de l’Intérieur, la facture finale a atteint 292 millions de rands, soit près de cinq fois le budget prévu.
​Une demande de remboursement sans fondement juridique
​Face à ce dépassement budgétaire, le gouvernement sud-africain s'est adressé au gouvernement malawite ainsi qu'aux ambassades du Nigeria et de l'Éthiopie pour réclamer le remboursement des frais de rapatriement. En droit international, si un État d’origine a l'obligation de réadmettre ses citoyens, la prise en charge financière d’une expulsion décidée unilatéralement incombe à l’État qui l’exécute, sauf accord bilatéral spécifique.
​Avant même d'être officiellement sollicité, le Ghana a affirmé avoir rapatrié ses ressortissants sur ses propres fonds, signifiant à Pretoria qu'aucune facture ne serait honorée. Le Ghana avait également tenté de porter cette crise devant l’Union africaine, mais sa proposition a été rejetée par l’organisation continentale.
​Impact économique et contradiction avec la libre circulation
​Cette crise intervient alors que le taux de chômage en Afrique du Sud avoisine les 33 %. Pourtant, une étude de la Banque mondiale rappelait que chaque travailleur immigré contribue en moyenne à la création de deux emplois pour des citoyens sud-africains, soulevant des interrogations sur les retombées économiques de ces départs massifs.
​Alors que le continent promeut la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le passeport africain et la libre circulation dans le cadre de l’Agenda 2063, cet épisode illustre la persistance des barrières à la mobilité des personnes sur le continent.








