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Recrutement dans la santé : Les vérités du Dr Malick Diallo (DRH du ministère) sur le déficit de 18 947 agents (3/3)


Rédigé le Jeudi 8 Octobre 2026 à 14:05 | Lu 59 fois | 0 commentaire(s)



Le système de santé sénégalais fait face à un déficit de 18 947 agents, dont plus de 15 000 profils techniques. Dans le même temps, toutes les régions manquent de spécialistes et les délais de prise en charge restent longs. Après les révélations des deux premiers volets publiés hier, voici le troisième volet de notre dossier consacré aux recrutements et aux enjeux des ressources humaines dans le secteur de la santé. Dans cet entretien accordé à Seneweb, le directeur des Ressources humaines du ministère de la Santé et de l'Hygiène publique, Dr Malick Diallo, annonce le recrutement de 2 500 agents en 2026, dont 510 médecins, et dévoile les mesures prévues pour réduire les inégalités territoriales et renforcer l’accès aux soins.
​Dr Malick Diallo, le SAMES a observé une grève de 72 heures, les lundi 28, mardi 29 et mercredi 30 septembre 2026. Où en sont réellement les discussions aujourd’hui ? Le ministère travaille-t-il sur une sortie de crise ?


Permettez-moi de vous remercier de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer sur le climat social dans le secteur de la santé.

​Je rappelle que le dialogue n'a jamais été interrompu entre le ministère et les partenaires sociaux. D'ailleurs, tout le mois de juillet a été marqué par des rencontres entre le MSHP et les partenaires sociaux, présidées par le ministère de la Fonction publique.

​Pour ce qui est du SAMES, des rencontres ont été menées depuis le début du mois de septembre. La rencontre du 18 septembre, présidée par le ministre de la Santé, a permis de définir la feuille de route des concertations entre le SAMES et le MSHP. C’est ainsi que, le 28 septembre, un atelier technique s’est tenu entre le ministère, le SAMES et les autres entités concernées.

​Nous avons pris connaissance du communiqué du SAMES du 2 octobre et nous saluons l’esprit de dialogue qui s’en dégage. En indiquant que des négociations sont en cours et que les avancées seront appréciées à leur juste valeur, nous y voyons une main tendue que le ministère accueille avec satisfaction.

​Nous restons confiants dans notre capacité à trouver ensemble des solutions durables dans les semaines à venir.

​Selon vous, quelles revendications peuvent être satisfaites rapidement ?

​Comme je l’ai dit à l’entame de mon propos, le gouvernement ne ménagera aucun effort, dans la limite du possible, pour trouver une issue heureuse. Aujourd’hui, nous travaillons sur un projet de protocole d’accord avec les syndicats du secteur de la santé et un premier projet a été envoyé aux syndicats pour leurs contributions.

​Au sortir de l’atelier du 28 septembre, le SAMES et le ministère ont défini une nouvelle feuille de route et les prochaines étapes ne tarderont pas à suivre.

​Face aux difficultés de recrutement, de statut et de conditions professionnelles dénoncées par le SAMES, combien de médecins compte réellement le Sénégal aujourd’hui, combien en manque-t-il et quel est l’effectif cible du ministère ?

​Il faut comprendre que le système de santé compte une vingtaine de profils techniques (médicaux et paramédicaux) et une trentaine de spécialistes. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 25 000 agents. En 2025, nous avons identifié un déficit de 18 947 agents dans le secteur de la santé, dont plus de 15 000 profils techniques.

​Dans le Pacte national de stabilité sociale, le gouvernement s’est engagé à combler ce déficit sur cinq ans, dans la limite des disponibilités financières.

​Quelles sont les cinq spécialités médicales dont le Sénégal manque le plus aujourd’hui et combien de spécialistes supplémentaires faut-il former ou recruter pour combler ce déficit ?

​C’est une question pertinente. Pour la plupart des spécialités médicales, nous sommes face à un paradoxe. D’un côté, nous avons des spécialistes au chômage et, de l’autre côté, des structures sanitaires qui ont besoin de ces spécialistes mais dont les ressources financières restent insuffisantes. Cependant, il y a une pénurie marquée pour certaines spécialités et sous-spécialités médicales. Il s’agit des néphrologues, des psychiatres, des pneumologues, des médecins légistes et des chirurgiens cardiovasculaires.

​La concentration des spécialistes à Dakar reste un problème majeur. Quel est aujourd’hui le déficit dans les régions et comment le ministère compte-t-il corriger cette inégalité territoriale ?

​effectivement, la plupart des spécialistes sont concentrés sur l’axe Dakar-Thiès-Diourbel. Aujourd’hui, toutes les régions sont déficitaires en spécialistes. Toutefois, la pénurie est beaucoup plus criante dans les zones dites « difficiles ». À cet effet, le ministère a élaboré une stratégie d’incitation dans les zones difficiles comprenant des motivations financières et non financières. Elle implique une coordination interministérielle et un budget de près de 2 milliards de francs CFA par an. Par ailleurs, le ministère pratique une discrimination positive pour les agents de santé évoluant dans ces zones difficiles lors de l’attribution des bourses de formation médicale et paramédicale.

​Le gouvernement annonce des recrutements dans le secteur de la santé. Combien d’agents seront recrutés, combien de médecins et quelles spécialités seront prioritaires ?

​Effectivement, le gouvernement a autorisé le recrutement de 2 500 agents dans le secteur de la santé pour l'année 2026. Il s'agit de 2 000 agents à profil technique (médicaux et paramédicaux) et de 500 agents à profil interministériel. Sur les 2 000 techniciens, il y aura 510 médecins, dont 340 spécialistes, avec une priorité accordée à la santé maternelle et infantile (gynécologues et pédiatres).

​Combien de médecins sans contrat stable travaillent actuellement dans les structures publiques ? Et quelle place leur sera accordée dans ce recrutement ?

​Nous n’avons pas de statistiques fiables pour les médecins et, plus largement, pour l'ensemble des agents de santé exerçant sans contrat stable dans les structures de santé. Ce que je sais, c’est qu’il y en a énormément dans nos établissements, qui occupent parfois même des postes de responsabilité dans les districts sanitaires, comme médecins de centres de santé secondaires, médecins adjoints de district, pharmaciens de district, infirmiers chefs de poste ou maîtresses sages-femmes.

​Toutefois, il faut rappeler que c’est le ministère de la Fonction publique qui recrute et que le recrutement se fera sur la base d'une inscription sur la plateforme dédiée de la Fonction publique. C’est la Commission nationale de recrutement des agents de l’État qui définit les critères de sélection.

​Justement, comment le ministère compte-t-il garantir la transparence du recrutement et écarter toute suspicion de favoritisme ou de recrutement politique ?

​Comme je l’ai rappelé, il existe une Commission nationale de recrutement des agents de l’État créée par un arrêté primatorial, présidée par le directeur général de la Fonction publique. Cette commission est composée de représentants du ministère des Finances, de la Primature, du ministère de la Fonction publique et du ministère de la Santé.

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https://www.seneweb.com/fr/news/Dossier/systeme-de-sante-pourquoi-lannonce-des-2-500-recrutements-ne-rassure-qua-moitie-13_n_506326.html

​Mais Dr, pour les Sénégalais, le problème le plus concret reste la prise en charge : pourquoi faut-il encore attendre parfois des semaines, voire des mois pour consulter certains spécialistes ou subir certaines interventions, scanners ou radiographies ?

​C’est vrai que le délai de prise en charge reste long dans les hôpitaux. Cette situation est due au déficit de spécialistes et à un plateau technique limité. Nous pouvons toutefois relever que, ces deux dernières années, le ministère a énormément investi dans le relèvement du plateau technique médical. Par exemple, l'hôpital de Linguère a récemment réceptionné son scanner et, la semaine passée, c'était au tour de l'hôpital de Richard-Toll. L'objectif du ministre est que chaque hôpital puisse disposer d'un scanner et de renforcer les spécialités médicales dans les centres de santé de référence.

​Quelles sont aujourd’hui les spécialités qui connaissent les plus longues listes d’attente ?

​Aujourd'hui, les spécialités qui connaissent les plus longues listes d’attente sont la chirurgie cardiovasculaire, la néphrologie, la neurochirurgie, l'oncologie et, dans une moindre mesure, l'urologie et l'orthopédie dans certaines régions.

​Le recrutement suffira-t-il à régler le problème ou faut-il également former davantage de spécialistes ?

​Pour combler le déficit de 18 947 agents sur cinq ans, il faudrait recruter près de 4 000 agents par an, même si nous savons que la situation financière du pays reste contrainte. Toutefois, pour l'année 2027, le ministère a déjà formulé une demande de recrutement de 3 000 agents.

​Le problème de la formation des spécialistes ne se pose pas au niveau de la volonté. Chaque année, le ministère procède au recrutement de 140 boursiers dans les spécialités médicales pour un budget annuel de près de deux milliards de francs CFA.

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https://www.seneweb.com/fr/news/Dossier/recrutement-de-2-500-agents-patients-en-danger-alerte-contre-le-risque-de-retomber-dans-les-memes-travers-23_n_506341.html

​Les Sénégalais veulent des résultats, pas seulement des annonces. Dans deux ans, quels chiffres pourront-ils regarder pour savoir que le système de santé s’est réellement amélioré : nombre de médecins, de spécialistes, répartition dans les régions ou délais de prise en charge ?

​Tout le monde s'accorde à dire que le ministre de la Santé et de l'Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, n'est pas dans le folklore politique. Pour lui, ce qui compte, c’est l'impact des initiatives sanitaires sur la prise en charge des patients.

​Entre avril 2024 et décembre 2025, douze blocs SONU (Soins obstétricaux et néonataux d'urgence) ont été ouverts pour la prise en charge de la santé de la mère et de l'enfant. Il est prévu d'en ouvrir treize supplémentaires d'ici décembre 2026.

​Pour le recrutement de cette année, il est prévu de recruter plus de 500 médecins et spécialistes qui seront principalement affectés dans les districts et centres de santé afin de rapprocher les soins des populations.



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