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Quand les fournitures coûtent plus cher que la scolarité : Entre débrouille et élans de solidarité face à la vie chère


Rédigé le Mardi 6 Octobre 2026 à 16:59 | Lu 36 fois | 0 commentaire(s)




Au Sénégal, l’approche de la rentrée des classes n’a plus le goût de fête dans de nombreux foyers. Dans les allées des marchés comme dans les librairies, l'enthousiasme laisse place au désarroi grandissant. Entre la hausse continue du prix des cahiers, l'achat des uniformes et l'obligation d'acquérir de nouveaux manuels, le coût des fournitures scolaires dépasse désormais celui de la scolarité elle-même.

​Dans de nombreux foyers, l'établissement de la liste des fournitures met les budgets à rude épreuve. D’un côté, des pères de famille essoufflés par le cumul des charges de fin d'année ; de l'autre, des mères seules qui doivent redoubler d'efforts pour que leurs enfants ne soient pas lésés en classe. Aïssatou Faye, mère célibataire de trois enfants, ne masque pas son inquiétude lorsqu'elle évoque l'imminence de la réouverture des classes : « Chaque année, les prix grimpent et la facture s'allonge. Pour mes trois enfants, l'achat des fournitures est devenu une véritable montagne à franchir. On essaie d'économiser durant les vacances, mais une fois au marché, le budget prévu ne suffit plus », se désole-t-elle. Ousseynou Traoré, père de cinq enfants, déplore lui aussi une situation devenue intenable pour les chefs de famille : « Quand on a une famille nombreuse, la rentrée devient une épreuve redoutable. Entre les cahiers, les tenues et les livres demandés, les dépenses globales atteignent des sommes exorbitantes. Cela dépasse parfois le coût de l'inscription. C'est un fardeau financier que beaucoup d'entre nous n'arrivent plus à porter », soutient-il.


​La surenchère des manuels « jetables »

​Au-delà de la cherté générale, c'est la généralisation des cahiers d'activités à usage unique qui cristallise la colère des parents, rendant impossible le passage des manuels entre frères et sœurs ou l'achat en seconde main. Astou Gaye, parente d'élève, garde un souvenir amer de ses derniers passages en caisse pour le niveau primaire : « Auparavant, un livre pouvait servir à plusieurs enfants d'une même famille. Aujourd'hui, on nous impose des cahiers d'activités avec des transcriptions directes dessus : ce sont des livres jetables. Il s’agit principalement des livres tels que "Découverte du monde", "Français", "Mathématiques"... On ne peut pas les réutiliser après une année d’usage. Pourtant, ce sont des livres chers. À 3 500 FCFA l'unité, cela fait 14 000 FCFA uniquement pour les manuels d'un seul enfant. Imaginez pour quelqu'un qui a quatre enfants : c'est 56 000 FCFA rien que pour les livres, sans compter le reste. Et il faut encore acheter les cahiers, les sacs et les tenues. »

​Cette réalité est confirmée sur le terrain par les vendeurs eux-mêmes. Selon Ousmane Gueye, marchand de livres « par terre », les parents d'élèves sont extrêmement inquiets. Il explique que les livres au programme ne peuvent plus se vendre en seconde main car ils ne sont utilisables qu'une seule fois, en raison des changements fréquents d'éditions et de leur coût élevé. Seuls les romans de littérature restent encore accessibles sur le marché d'occasion.

​Le recours à Colobane : la friperie comme alternative au prêt-à-porter

​Face à ces dépenses asphyxiantes, les ménages redoublent d'ingéniosité pour habiller leurs enfants sans se ruiner. À Colobane, dès 7 heures du matin, le marché regorge déjà de monde. De nombreuses mères de famille s'y pressent pour acheter des vêtements de friperie, dans l'impossibilité de s'offrir du prêt-à-porter après avoir acheté les fournitures scolaires au prix fort. Fanta Sall est maman de quatre enfants : deux au primaire et deux au collège. Elle est venue faire ses achats pour la rentrée : « Avec tout ce qu'on a dépensé pour les fournitures scolaires, j'ai proposé à mon mari de venir à Colobane acheter pour les petits. Ici, on trouve des choses rares et jolies à moindre coût », explique-t-elle, le sourire aux lèvres. « Le prêt-à-porter n'est plus accessible pour une famille nombreuse. Et il y a de la qualité avec la friperie. Une fois à la maison, je vais tout laver et repasser. Même les sacs de mes enfants seront pris dans la friperie », confie-t-elle.


​L'appel à la régulation et la dénonciation de la marchandisation

​Face à cette détresse sociale, les représentants des parents d'élèves réclament une intervention ferme des autorités publiques pour réguler le marché. Abdoulaye Fané, président de l'Union nationale des parents d'élèves et d'étudiants du Sénégal (UNAPES), dresse un constat sans concession sur les dérives du secteur commercial et le désengagement local : « Les montants connaissent une tendance haussière chaque année. Ce qui porte préjudice aux familles très démunies, déjà confrontées à beaucoup de charges. C'est l'État qui doit agir au niveau des librairies et des manufactures de confection de cahiers. Il faudrait un dispositif à travers le ministère de l'Éducation nationale, et pourquoi pas des imprimeries publiques pour amoindrir les coûts. »

​Le président de l'UNAPES pointe également du doigt le recul des soutiens municipaux et les pratiques abusives au sein de l'école : « Auparavant, les mairies intervenaient et beaucoup de fournitures étaient prises en charge par les communes dans le cadre des compétences transférées. Aujourd'hui, beaucoup ne le font plus, confrontées à une situation financière très difficile. Mais au-delà de cela, il y a la marchandisation de l'école qui s'installe comme une gangrène. On assiste à l'arrivée de nouveaux commerçants qui gèrent des établissements scolaires tout simplement pour se faire de l'argent. »

​Pour restaurer l'équité, Abdoulaye Fané rappelle que l'UNAPES s'est battue pour faire interdire la vente obligatoire de fascicules payants dans le moyen-secondaire. Il préconise également la relance d'initiatives solidaires comme l'« Opération Ndeye Jiabar », qui organisait des bourses d'échange et des ateliers de réparation de vieux livres entre parents dans les écoles, tout en conseillant aux familles d'étaler leurs achats par priorité sur le premier trimestre.

​« Cagnotte scolaire » : l'élan citoyen pour secourir les familles

​Face à l'urgence du terrain, des chaînes de solidarité citoyenne s'organisent pour pallier les difficultés des ménages les plus vulnérables. Nata Dieng, actrice engagée dans le domaine social, explique que l'idée de venir en aide aux parents démunis s'est imposée à elle face à la réalité des rentrées scolaires : « C'est devenu très cher entre les cahiers, les livres et les uniformes. Ils coûtent plus cher que la scolarité elle-même, et à ce rythme, la rentrée va devenir un fardeau pour beaucoup de familles. C’est face à ce constat que j’ai créé la "Cagnotte scolaire" le 9 octobre 2024. »

​L'objectif de cette initiative est de faire en sorte qu'aucun enfant ne soit laissé de côté faute de matériel. Après le succès d'une première édition qui a redonné le sourire à de nombreux élèves, Nata Dieng et son équipe préparent activement la deuxième édition de la campagne : « Notre ambition pour cette nouvelle édition est de faire plus et mieux : toucher davantage de bénéficiaires et distribuer des kits scolaires complets pour garantir à chaque enfant les mêmes chances de bien démarrer l'année. »

​Alors que la cloche s’apprête à sonner dans l’enceinte des établissements, l'initiatrice lance un appel à la mobilisation collective des entreprises, associations et citoyens : « Ensemble, soutenons l’éducation de nos enfants. Faisons de la rentrée une fête pour tous. »

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