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Ephemeride Tabaski : La tentative d’assassinat du Président de la république du Sénégal


Rédigé le Mardi 13 Août 2019 à 16:11 | Lu 69 fois | 0 commentaire(s)




1. Le déroulement 
Ce jour là, 22 Mars 1967, les sénégalais célèbrent la Tabaski. Entre 9h et 10h, le président de la République, Léopold Senghor assiste du haut de la tribune d’honneur à la prière. Lui le chrétien. A quelques mètres de lui, le corps enserré dans un grand boubou jaune maïs, Moustapha Lo profite des salamalecs d’après prière et pointe son arme 9mm sur le président Senghor. Il est vite maitrisé et mis à terre par la garde rapprochée du président. Le sergent Seydou Sow raconte : « A la fin de la prière, le président est allé saluer l’Imam ratib, Amadou Lamine Diène, avant de s’engouffrer dans sa voiture. Abdou Diouf qui était à l’époque le secrétaire général de la présidence de la République (1964-1968) est passé devant moi. C'est-à-dire entre moi et véhicule. J’ai reculé un peu pour lui permettre de monter. Moustapha Lo a sauté sur l’occasion et a pointé son arme sur le président qui était déjà à bord du véhicule. Ayant senti son mouvement, je l’ai intercepté à temps avant de l’envoyer à terre. Après, j’ai mis mes genoux sur sa poitrine ». Abdou Diouf dira : « Il (Moustapha lo) a oublié d’armer. Il a tiré mais il avait oublié d’armer. On a entendu le déclic, la balle n’est pas partie. L’aide de camp a dit que la voiture parte ! Et dans la voiture il (Senghor) a dit : Abdou tu comprends, ce sont les risques du métier. C’est son seul commentaire. » 


1. Le procès 
Avant de développer cette partie, il est nécessaire de revenir sommairement sur le profil de Moustapha Lo. Ce dernier était le secrétaire particulier du guide religieux Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum. Du temps où le guide religieux était l’ambassadeur du Caire (capitale de l’Egypte) au Sénégal. Unique fils de ses parents, Moustapha Lo est doublement lié à la famille d’El hadji Malick Sy. « Sa mère appartient à la lignée de la famille religieuse des Kane de Léona de Kaolack. Ce qui fait qu’il est le cousin germain d’Al Makhtoom . En outre, El hadji Malick Sy est son oncle du coté de son père ». Indique Fatou Sarr, la femme de Moustapha Lo. 
Le 18 Juin 1967, c’est le procès de Moustapha Lo au palais de justice du Cap Manuel. Tignasse mal peignée et barbe hirsute, d’une voix monocorde, Moustapha Lo dodeline de la tête. Après l’interrogatoire préliminaire sur l’identité des accusés, les débats reprirent « suivis par un public visiblement pressé de voir Moustapha Lo à la barre » indique le journaliste Edou Correa dans l’édition du 19 juin 1967 du journal Dakar-Matin. 
Pressé de s’expliquer sur les mobiles des faits qui lui sont reprochés, Moustapha Lo se livre d’une voix calme. « Je n’avais pas l’intention de le tuer. Je voulais simplement lui donner un avertissement pour le faire changer de politique», indique t-il face aux questions du commissaire monsieur Thierno Diop qui représentait les intérêts du gouvernement et du président Souley Diagne. A propos de l’arme, Lo avait indiqué qu’il l’avait emprunté parce qu’il voulait apprendre à tirer. L’issue de ce procès sera tout sauf réconfortant pour Moustapha Lo. La sentence est lourde, Moustapha Lo est condamné à la peine de mort puis exécuté le 27 Juin 1967 à aux Champs de tirs. Ainsi donc pour la première fois, la peine de mort a été appliquée au Sénégal. 


Senghor, tares et contradictions 
1. Cheikh Anta, Leopold Senghor : je t’aime , moi non plus 
Dans ce chapitre, à travers un plan binaire, nous allons débuter par revenir sur la relation politique entre Diop et Senghor avant d’évoquer à travers une chronique de Boubacar Boris Diop qui revient les moteurs de La césure entre les deux hommes. 
Dès 1961, Cheikh Anta Diop crée un parti politique (le Bloc des Masses Sénégalaises, BMS) d'opposition. Il en est le Secrétaire général. En raison de son activité politique il est emprisonné de mi-juillet à mi-août 1962 à la prison de la ville de Diourbel. Un non-lieu sera finalement prononcé. En 1963, pour museler Cheikh Anta Diop , Senghor a une stratégie : malheureusement pour lui , Cheikh Anta Diop refuse les postes ministériels qui sont proposés par Léopold Sédar Senghor au BMS. Une telle acceptation aurait signifié un renoncement au programme du BMS. La réaction du président-poète ne se fera attendre. C’est la dissolution du BMS, en octobre 1963, par le gouvernement sénégalais. Cheikh Anta Diop crée aussitôt un autre parti qui sera à son tour dissous l'année suivante. A chaque fois, Senghor déploie des stratégies pour lui barrer la route. Le 3 février 1976, Cheikh Anta crée encore un nouveau parti politique, le RND (Rassemblement National Démocratique) dont l'organe de presse est Siggi puis Taxaw. Mais là encore une fois Léopold Senghor par une retouche de la constitution barre la route à Cheikh Anta Diop : La loi dite "loi des trois courants" — socialiste, libéral et marxiste-léniniste — est promulguée le 19 mars 1976 et appliquée de manière rétroactive dans le but de rendre illégal le RND. Cette loi impose à l'opposition de se référer explicitement aux trois courants précités qui devaient désormais réglementer la vie politique au Sénégal. Le parti au pouvoir s'attribue l'étiquette socialiste, le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) prend l'étiquette de parti libéral et le Parti africain de l’indépendance (P.A.I) prend l’option marxiste-léniniste. Le RND de Cheikh Anta Diop refuse de se plier à cette exigence et s'engage alors un bras de fer politico-judiciaire entre le gouvernement de Senghor et le RND, qui n'aura de cesse de lutter pour sa reconnaissance, pour la défense des acquis démocratiques et le progrès de la démocratie au Sénégal. 
« Le destin semble avoir pris, dès l´origine, un malin plaisir à opposer les deux hommes. », cette phrase de Boubacar Boris Diop épouse bien la situation. A noter que dans ce chapitre, nous allons principalement nous baser sur l’excellent rapport de Boris Diop intitulé « LE SENEGAL ENTRE CHEIKH ANTA DIOP ET SENGHOR ». 
Les origines même opposaient les deux hommes. Si Senghor est catholique et séeréer, Cheikh Anta Diop est mouride et wolof. L´auteur de Nations nègres et cultures a connu les rigueurs d´un mois de détention préventive à la prison de Diourbel durant l´hivernage 1962 et le système Senghor a essayé de contrer autant que possible, parfois par des manœuvres mesquines, la diffusion de sa pensée. Boris Diop revient sur une réalité qui existe dans le parcours des deux hommes : « Même s´il a suivi à la Sorbonne une filière de sciences humaines, Cheikh Anta Diop est surtout un scientifique formé à Henri IV, puis plus tard auprès de Frédéric-Joliot Curie, en physique et en chimie Nucléaires. 
Il reste d´ailleurs dans l´imagerie populaire africaine la figure même du savant, austère, désintéressé et sage. Quand il se demande dans un texte de 1975 ´Comment enraciner la science en Afrique noire´, Senghor s´était déjà rendu célèbre par une de ses formules les plus connues et les plus controversées : ´L´émotion est nègre comme la raison hellène´. Ancien de Louis-Le-Grand, agrégé de grammaire en 1935, Senghor se veut un humaniste plutôt hybride, du genre négro-latin. Prisonnier de guerre pendant deux ans, il stupéfie le gardien de son stalag qui le surprend en train de lire dans le texte les auteurs grecs et latins. La légende veut d´ailleurs que le soldat allemand se soit pris d´amitié pour Senghor à partir de ce moment et l´ait pris sous sa protection ». Boris Diop continue toujours : « Les deux intellectuels sont également séparés par le fossé psychologique que l´on peut aisément pressentir entre l´homme de pouvoir et l´opposant. Senghor a conduit le Sénégal à l´indépendance en avril 1960 et en a été le premier chef d´Etat jusqu´en décembre 1981, date de son retrait volontaire du pouvoir. Il avait été auparavant, pendant plusieurs décennies, une des plus importantes personnalités politiques sénégalaises. Fondateur du Bloc Démocratique sénégalais dans les années cinquante, député au Palais-Bourbon et secrétaire d´Etat dans un gouvernement français dirigé par Edgar Faure, il avait su mener de pair, avec constance, son combat politique et de rudes batailles philosophiques. Cheikh Anta Diop a, quant à lui, créé plusieurs partis politiques et le plus important d´entre eux a sans doute été, le 3 février 1976, le Rassemblement national démocratique. » On peut clore ce chapitre avec toujours ces mots de Boris Diop « On a parfois envie de penser à une réconciliation dans l´au-delà entre Cheikh Anta Diop et Senghor. Cette idée est agitée de temps à autre par les héritiers partisans d´un cessez-le-feu posthume. Elle est non seulement noble et séduisante mais elle n´est pas absurde a priori. D´une certaine façon, les deux hommes de culture étaient au service du monde négro-africain, en utilisant chacun ses armes propres. Et de fait, les Sénégalais ont très souvent une égale admiration pour eux. » 
2. Senghor et Dia, l’histoire d’une amité 
Il faut déjà noter que la rencontre de Senghor avec Dia s’était faite dans des circonstances bien particulières. En 1943, Senghor qui présentait sa candidature pour la députation rencontre Dia à Fatick. Dia qui était directeur d’école alors l’interpelle. Suivant ses préjugés sur la politique, Dia disait à ce Senghor qu’il ne comprenait pas son entrée en politique lui qui fut agrégé de grammaire. A la fin de la discussion, Senghor finit par le convaincre. En 1948, sous l’influence de Senghor, Dia entre dans la politique sous la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière). En 1949, moment où Senghor avait déjà rompu avec Lamine Gueye, Dia fonde avec Senghor le Bloc Démocratique Sénégalais (B.D.S). Mamadou Dia sera élu sénateur du Sénégal puis député avec Senghor à l’assemblée Française en 1956. Les deux vont conduire le pays à l’indépendance, et gouvernent le pays dans un régime parlementaire jusqu’en…1962. 
A la question : « Pourquoi alors Dia s’est-il trouvé un peu occulté par rapport à Senghor ? », Rolland Colin qui fut Colin fut directeur de Cabinet de Mamadou Dia et son conseiller personnel répondait : « Dans un premier temps, Mamadou Dia s’est positionné comme disciple de Senghor, et il se sentait pleinement à sa place comme le lieutenant par excellence. Il n’était pas le numéro trois, mais le numéro deux. D’ailleurs, tout le temps où il a été aux affaires, chaque fois qu’il était question de désigner un leader de premier rang, Dia, inconditionnellement, réclamait que Senghor s’y mette. Dia a accepté avec réticence de prendre la tête de la première équipe gouvernementale sénégalaise parce qu’il pensait que c’était Senghor qui devait le faire. Tout au long de son parcours, il en a été ainsi. Quand le Sénégal a été reconnu comme un État à part entière dans la Communauté, à nouveau Mamadou Dia est revenu à la charge en disant à Senghor qu’il devait être le président de ce premier État. Et Senghor n’a pas voulu, parce qu’il vivait encore à l’époque sous la tension de ses contradictions internes et ne se sentait pas en mesure d’arbitrer entre sa vocation poétique et sa vocation politique. Effectivement, le champ poétique était le seul pratiquement où il arrivait plus librement à concilier les contraires. Là, il était en pleine maîtrise des composantes de sa personnalité. Et puis, à son corps défendant, il est entré de plus en plus dans la politique et il s’est enfoncé dans ses contradictions. Mais quand Dia était au pouvoir au Sénégal, en première ligne, aux responsabilités, j’aime autant vous dire que dans la vie politique sénégalaise l’image et la position de Dia étaient extrêmement fortes. Tout à fait aussi fortes que celles de Senghor ! Dia avait une grande présence vis-à-vis des paysans. Il était doué d’une éloquence très remarquable et remarquée lorsqu’il s’adressait aux foules, notamment en wolof. C’était un excellent orateur. Alors que Senghor ne se risquait que rarement à employer les langues africaines, dont il avait une connaissance, disons, plus théorique.» Après être revenu sur le processus qui a abouti à la libération que Dia, Collin rajoute « Sur le plan spirituel, comme musulman soufi et non pas intégriste, Dia avait tout à fait réussi à procéder à une démarche intérieure de pardon et d’apaisement vis-à-vis de Senghor. 
Il a d’ailleurs cherché la réconciliation : deux jours après sa sortie de prison, il a demandé à rencontrer Senghor qui était très pris au dépourvu par cette démarche. Senghor l’a reçu au palais, c’était le soir. Dia s’est avancé vers Senghor qui était là, planté. Dia lui a dit : « Alors, tu ne m’embrasses plus Léopold ? » C’est vraiment une phrase historique, c’est vraiment quelque peu comme Stanley et Livingstone, « I suppose ». Et Senghor, à nouveau, s’est mis à avoir peur de Dia. ». 
3. Les critiques 
Sur le plan politique, avant les indépendances, on peut bien se poser des questions sur certaines prises de positions de Senghor. Par exemple au moment où au Cameroun Ruben Um Nyobe s’évertuait à faire accéder son pays à l’indépendance à l’Onu en 1952, Senghor témoigne dans les mêmes lieux sur « l’absence de discriminations raciales dans le territoire du Cameroun et notamment au sein des instances judiciaires où autochtones et français sont équitablement représentés». Ce qui n’épouse pas la réalité d’alors. Léopold Sédar Senghor est souvent défini comme un « métis culturel » qui a tenté de concilier thématique de la négritude et civilisation de l’universel. Cette attitude n’a pas manqué de susciter assez tôt des oppositions plutôt violentes. On connaît à cet égard le passage célèbre de Nations nègres et culture dans lequel Cheikh Anta Diop dénonce ce qu’il appelle une « littérature nègre de complémentarité », se voulant enfantine, puérile, bon enfant, passive, résignée, pleurnicharde ». Senghor lui-même semble s’être complu dans la position qui lui est reprochée. On le voit par exemple dans les considérations qu’il développe dans la postface d’Éthiopiques, « Comme les lamantins vont boire à la source », lorsqu’il justifie, non sans une certaine dérision sur lui-même, le choix du français comme langue de poésie : « Mais on me posera la question : “Pourquoi, dès lors, écrivez-vous en français ?” Parce que nous sommes des métis culturels, parce que, si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s’adresse aussi aux Français de France et aux autres hommes, parce que le français est une langue de “gentillesse et d’honnêteté”. Qui a dit que c’était une langue grise et atone d’ingénieurs et de diplomates ? Bien sûr, moi aussi, je l’ai dit un jour, pour les besoins de ma thèse. On me le pardonnera. Car je sais ses ressources pour l’avoir goûté, mâché, enseigné et qu’il est la langue des dieux ». 
Sur le plan politique, tout d’abord, on doit noter que l’affirmation de la négritude comme thème littéraire ne s’est jamais accompagnée de la moindre tentative à en faire le cadre de la politique sénégalaise. Senghor s’est passionné pour la recherche d’une essence de l’africanité au point d’écrire des propos quelques peu hasardeux, concernant Tchicaya U Tam’Si. Ce dernier est un écrivain congolais (République du Congo). Il est le fils de Jean-Félix Tchicaya qui représenta l'Afrique équatoriale au parlement français de 1944 à 1958. Il est considéré comme l'un des grands poètes du continent africain. Ce que disait Senghor à son propos : 
« J’avais découvert un poème bantou. Car comment être poète, comment être le porteur d’un message si l’on n’est pas d’abord soi ? Tchicaya est un Bantou du Congo : petit mais solide, timide et têtu, sauvage dans la brousse de sa moustache, mais tendre, pour tout dire, homme de rêve et de passion. Je dis : un Bantou. C’est ce caractère qui définit, d’abord, Tchicaya et sa poésie. La poésie des Bantous est une des plus authentiquement négro-africaines. Elle est pure, du moins au Congo, de toute influence araboberbère. Et si elle ne l’est pas tout à fait de l’influence pygmée ou khoisan, c’est tant mieux, car les nègres marginaux de l’Afrique centrale et australe sont les plus près des sources. » 
4. Senghor, le panafricain 
On note déjà de prime abord que Senghor est l’un des rares chefs d’Etat africain à avoir concrètement réalisé un idéal panafricain : la création d’ensemble. En effet même si cela n’a eu qu’une existence éphémère, La fédération du Mali a été effective. En Afrique de l’ouest francophone, tous les chefs d’Etats, pères de l’indépendance sauf Amadou Ahidjo, Félix Houphouët-Boigny et Sékou Touré ont été chassé du pouvoir. Et il faut noter que la gouvernance de ces trois cités a eu des répercussions négatives après leur départ. Senghor lui a pu gouverner pendant 20 ans sans guerre ni coup d’Etat. L’Afrique compte actuellement 54 pays et seulement 7 n’en ont pas connu de coup d’Etat et le Sénégal en fait parti. Cette donne Senghor y a joué un rôle. Dans les deux décennies qui suivent les indépendances beaucoup chefs d’Etats ont été chassés ou assassinés : François Tombalbaye, Maurice Yaméogo, Hubert Maga, Hamani Diori, Sylvanus Olympio etc. 
Il n’y a eu chez lui aucun attrait pour l’« authenticité » telle que l’ont mise en valeur Mobutu ou Eyadema, et encore moins pour quelque chose qui aurait été, comme on l’a vu avec Buthelezi, un nouvel avatar de l’apartheid. La négritude fut l’affirmation d’une différence et, dans certains cas même, d’une volonté de séparation d’avec le monde occidental tout en empruntant à celui-ci certains thèmes qui faisaient partie de sa tradition intellectuelle et philosophique, comme, par exemple, la problématique du primitivisme et du bon sauvage, telle que l’avait développée Montaigne dans sa critique de la colonisation de l’Amérique ou Diderot dénonçant l’arrivée des Européens en Océanie, dans le Supplément au voyage de Bougainville. De plus, la lutte menée par Senghor contre le colonialisme et l’effort qu’il a déployé pour l’accession des territoires africains à l’indépendance se sont situés pendant longtemps dans le cadre des principes républicains français hérités de 1789 et 1848. Pour ne prendre qu’un exemple, on pourra citer un des discours les 
plus violents prononcés par Senghor. Intervenant dans la séance du 21 mars 
1946 à l’Assemblée constituante sur la situation de l’enseignement primaire 
dans les territoires d’outre-mer, Senghor rappelle qu’on « ne peut accorder 
que 14 millions à l’enseignement primaire du Sénégal, puisqu’on accorde 
17 millions à la seule police municipale de Dakar » et ajoute ce commentaire 
: « Cela m’amène à vous poser la question suivante : la France est-elle venue en Afrique noire pour féconder nos civilisations au contact de la sienne ou pour nourrir le chancre de la police sur le dos de peuples dont l’originalité était précisément d’avoir des civilisations collectivistes sans police ? (Applaudissements à gauche.) » Évoquant la « résistance » que les milieux coloniaux, l’administration et le gouvernement opposent à toute évolution du système d’enseignement, Senghor conclut avec un véritable réquisitoire : 
« De hauts fonctionnaires se targueront de leurs titres de résistants pour résister à l’émancipation des peuples d’outre-mer. (Applaudissements à gauche.) Je vous le demande, mesdames, messieurs : les troupes noires qui, au dire même de M. Schumann, ont constitué, pendant deux ans, le gros des Forces françaises libres, plus particulièrement ceux qui sont tombés au 
Fezzan, en Érythrée, en Syrie, à Bir Hakeim et ailleurs, ceux-là n’étaient-ils pas, eux aussi, des résistants, et d’une résistance autrement efficace que celle de nos résistants d’eau douce ? (Applaudissements.) Pour nous, il n’y a qu’une seule résistance qui vaille, c’est la résistance à l’esprit nazi, je veux dire au capitalisme camouflé en racisme. (Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche.) » 
 
 
 
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