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Dakar : l'eau est partout, sauf dans le robinet


Rédigé le Jeudi 8 Octobre 2026 à 14:09 | Lu 57 fois | 0 commentaire(s)




Le paradoxe à Dakar est saisissant : l'eau est partout quand elle détruit, et nulle part quand elle devrait servir. Ce n'est pas le ciel qui est ingrat, ce sont les politiques qui sont en retard, car le véritable problème réside dans la gestion.

​Deux crises, une seule cause : l'État qui arrive toujours après

​Quand il pleut, l'eau envahit Guédiawaye, Pikine, Keur Massar et les Parcelles Assainies. Quand il ne pleut pas, ces mêmes quartiers font la queue devant une borne-fontaine. Même géographie, même banlieue, mêmes oubliés.

​Dans les deux cas, ce n'est pas la nature qui défaille. Une ville construite sur des zones basses, des bassins de rétention bétonnés, des canaux jamais curés et une urbanisation sans plan explique l'ampleur des inondations. De l'autre côté, un réseau saturé qui court derrière une population qui explose explique la soif. Les deux situations relèvent d'une même absence : l'anticipation.

​La logique de l'urgence permanente

​Chaque hivernage, on sort les motopompes. Chaque pénurie, on aligne les camions-citernes. On gère le symptôme, jamais la structure. Le camion-citerne est la métaphore parfaite de cet échec : une solution qui a un coût, qui arrive quand elle veut, et que les familles du deuxième étage paient en seaux montés à bout de bras.

​La capitale dépend en grande partie d'une source unique, le lac de Guiers, situé à plus de 200 km et dont l'eau est acheminée par une conduite vulnérable. Une panne à Keur Momar Sarr, et toute une région se retrouve à sec. Un système sans plan B n'est pas un système, c'est un pari.

​La question de l'argent et du modèle continental

​D'un côté, des centaines de milliards sont annoncés pour sortir Dakar des eaux. De l'autre, des quartiers entiers n'ont toujours pas accès à l'eau potable. Une question simple s'impose, sans détour : où est passé l'argent, et qui rend des comptes ? Les chantiers ont-ils été réellement réalisés ? Les marchés attribués dans la transparence ? Quel est l'état réel des ouvrages ?

​Ce déséquilibre n'est pas propre au Sénégal. Lagos, Abidjan, Accra ou Kinshasa vivent le même scénario, inondées à la saison des pluies et assoiffées le reste du temps. L'Afrique reçoit de l'eau, mais n'a pas bâti les infrastructures nécessaires pour la capter, la stocker, l'évacuer et la distribuer. Le sous-investissement chronique, les contrats opaques et la dépendance envers les bailleurs constituent un choix de gouvernance répété depuis des décennies, et non une fatalité du climat.

​L'impact sanitaire et social

​Sans eau courante, l'eau stockée devient un risque : récipients mal fermés, eau saumâtre et hygiène fragilisée. Ce sont une fois de plus les femmes et les enfants qui portent la charge de cette crise à travers des heures de file d'attente et des seaux portés sur la tête. Après les inondations, les eaux stagnantes favorisent le paludisme et les maladies hydriques. Les mêmes quartiers sont ainsi frappés deux fois : d'abord par trop d'eau sale, puis par manque d'eau propre.



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