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Cancer du col : Le Sénégal face au défi du 90-70-90 pour accélérer l’élimination à l'horizon 2030


Rédigé le Samedi 3 Octobre 2026 à 14:43 | Lu 58 fois | 0 commentaire(s)




Vacciner 90 % des filles avant 15 ans, dépister 70 % des femmes et traiter 90 % des femmes atteintes : le Sénégal veut accélérer la lutte contre le cancer du col de l’utérus. Réunis en congrès, les spécialistes ont appelé à transformer les avancées scientifiques en actions concrètes, accessibles à toutes les femmes.

Le cancer du col de l’utérus se retrouve au cœur d’un objectif mondial désormais clairement établi : le 90-70-90. Une feuille de route qui repose sur trois leviers : prévenir l’infection à papillomavirus humain (HPV) par la vaccination, dépister précocement les lésions précancéreuses et assurer une prise en charge rapide et efficace des femmes concernées. C’est dans cette perspective que se tient le 5e Congrès national et 4e Congrès international de la Société sénégalaise de colposcopie, placé sous le thème : « Sur la route de l’accélération de l’élimination du cancer du col utérin ».

Pour la représentante de ladite société Dr Madjiguene Ba, le défi n’est plus seulement de savoir ce qu’il faut faire. « Même si nous disposons aujourd’hui des moyens de prévenir, dépister et traiter cette maladie, l’OMS nous a donné une feuille de route claire à travers les objectifs 90-70-90 », a-t-elle rappelé.

90-70-90 : vacciner, dépister, traiter

Le premier objectif consiste à vacciner 90 % des filles avant l’âge de 15 ans contre le HPV, principal facteur du cancer du col. Le deuxième vise à dépister 70 % des femmes à l’aide d’un test performant, afin de détecter précocement les lésions. Le troisième prévoit que 90 % des femmes chez lesquelles une maladie du col est identifiée bénéficient d’une prise en charge appropriée.

Pour les spécialistes réunis à Dakar, l’enjeu est désormais d’aller plus vite et plus loin dans l’application de cette stratégie. Dr Madjiguene Ba insiste notamment sur la nécessité d’intensifier la vaccination contre le HPV, en renforçant l’information, en combattant les rumeurs et en rapprochant davantage la vaccination des adolescentes et de leurs familles, de rendre les services plus accessibles, tout en disposant de professionnels suffisamment formés et d’outils adaptés. Le congrès prévoit ainsi des ateliers consacrés à l’inspection visuelle à l’acide acétique, à la thermoablation, aux tests HPV et à la colposcopie. « Une femme positive doit être diagnostiquée, référée et traitée rapidement », déclare la spécialiste, pour éviter les ruptures dans le parcours de soins.

2 280 nouveaux cas annoncés en 2024

Le représentant du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, Abdallah Wade, a rappelé l’ampleur du défi. Citant les données de Globocan 2024, il a évoqué 2 280 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus, faisant de cette maladie, selon les chiffres présentés, le premier cancer chez les femmes au Sénégal. Face à cette situation, le Sénégal dispose déjà de plusieurs leviers. La vaccination contre le HPV a été introduite dans le Programme élargi de vaccination en 2018. Le dépistage est progressivement intégré dans les structures de soins, tandis que les capacités des professionnels et les possibilités de traitement sont renforcées. Mais l’objectif, selon le ministère, est désormais de passer à une nouvelle étape : élargir le dépistage, développer les tests HPV et exploiter les nouvelles technologies, notamment les outils numériques et l’intelligence artificielle.

Pour Abdallah Wade, l’élimination du cancer du col ne pourra toutefois pas reposer uniquement sur les professionnels de santé. Elle nécessitera l’implication de l’État, des sociétés savantes, des universités, des chercheurs, des partenaires, de la société civile, des communautés et des médias.

Le ministère rappelle également que le Plan national de lutte contre le cancer 2025-2029 vise notamment à renforcer la prévention, le dépistage, le diagnostic et le traitement, avec un objectif annoncé de réduction d’au moins 25 % de la mortalité liée aux cancers à l’horizon 2029.

 

« Derrière chaque dépistage, il y a une vie de femme »

Pour la professeure Alimatou Diop, marraine du congrès, les progrès scientifiques doivent impérativement être transformés en actions concrètes pour toutes les femmes. La vaccination contre le HPV, le dépistage accessible et de qualité, la colposcopie, le diagnostic et le traitement doivent ainsi s’inscrire dans une même chaîne de prise en charge.

 Elle souligne également l’importance d’une approche multidisciplinaire, notamment face aux situations de co-infection ou d’immunodépression. « Derrière chaque dépistage, chaque diagnostic et chaque innovation, il y a une vie de femme à protéger », a-t-elle déclaré.

Le congrès entend justement servir de cadre de formation, de partage d’expériences et de mobilisation.

Les participants travaillent notamment sur le diagnostic, le traitement, les lésions précancéreuses, les cancers invasifs, la colposcopie et l’intelligence artificielle.

La bataille se joue donc autant dans les structures de santé que dans les communautés. Vacciner une adolescente, dépister une femme, traiter une lésion précancéreuse et éviter qu’une patiente ne soit perdue de vue : c’est cette chaîne complète que le Sénégal veut désormais accélérer pour se rapprocher de l’objectif d’élimination du cancer du col.



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