Youssou N’Dour: «Jamais le flambeau que Mandela avait allumé ne va s’éteindre»


Rédigé le Vendredi 6 Décembre 2013 à 13:02 | Lu 290 fois | 0 commentaire(s)



Youssou N’Dour: «Jamais le flambeau que Mandela avait allumé ne va s’éteindre»
Le célèbre chanteur sénégalais Youssou N’Dour, aujourd’hui rattaché au président Macky Sall comme ministre-conseiller, a été un des premiers à faire connaître au reste du continent le combat contre le régime ségrégationniste de l’Afrique du Sud. Cela a donné lieu à une chanson et à l’album Nelson Mandela, publié en 1986. Entretien.

Comment sont nés cette chanson et cet album à l’honneur de Nelson Mandela ?

À l’époque, j’avais regardé la télé avec ma maman qui regardait des images qui venaient de l’Afrique du Sud. C’était le temps de l’apartheid et elle m’a demandé des explications. Je me suis mis à expliquer à ma mère toute l’histoire de l’apartheid et le lendemain je me suis rendu compte que l’explication était une chanson pour toutes les mères qui, malheureusement, étaient analphabètes et ne pouvaient pas comprendre, parce que, à l’époque, le journal télévisé c’était du français, tout était écrit. C’est né comme ça. Et tout le monde m’a appelé le fils de Mandela à partir du Sénégal, jusqu’au moment où je l’ai rencontré. J’ai pleuré, parce que c’est mon héros. C’est quelqu’un qui est très important pour l’humanité en général, et particulièrement pour nous Africains. Et, récemment, il y a quelques années, j’ai créé ce mouvement qui s’appelle New Africa et qui comporte vraiment énormément de valeurs que porte aujourd’hui Nelson Mandela et les hommes de valeur qui ont fait l’Afrique.

Au moment de la lutte contre l’Apartheid, vous avez mobilisé beaucoup d’artistes pour un grand concert à Dakar au Stade de l’Amitié. Comment la mobilisation s’est faite avec tous ces artistes qui étaient présents ce jour-là ?

D’abord, c’était le nom de Mandela. Tout le monde avait envie de voir Mandela. Malheureusement, au dernier moment, il n’a pas pu. Il est venu après. C’était un moment d’hommage à Mandela et le public s’est confondu avec les artistes. Il y avait que les grands artistes. Moi, je me souviens, le concert avait commencé à 18 h et j’ai joué à 8 h le matin avec Peter Gabriel. C’était un moment très fort : 150 000 personnes, des vibrations extraordinaires. Je ne vais jamais oublier cela.

Diriez-vous que les artistes ont vraiment contribué à l’effondrement du régime de l’apartheid  et à la libération de Nelson Mandela ?

Ah oui ! Je pense que quand les artistes ont pris conscience… D’abord on a essayé de boycotter, malgré nous, même s’il y avait Paul Simon qui avait joué avec des musiciens sudafricains. C’était un moment aussi où l’on avait connu les Ladysmith Black Mambazo. Je pense que les artistes se sont mobilisés et ont dit : non, il faut que l’apartheid s’arrête. Il faut que notre héros sorte de prison. Je pense que, avec les autres efforts de la communauté internationale, c’est allé beaucoup plus vite qu’avaient prévu les racistes à l’époque.

Les artistes ont-ils joué un rôle au plan musical ou avaient-ils aussi des relations plus politiques avec l’ANC ?

Je crois que les discussions se menaient. Je me souviens qu’il y avait des membres, à l’époque de Diouf [Abdou Diouf, à l’époque président du Sénégal, ndlr], il y avait des membres de l’ANC qui avaient la possibilité de venir à Dakar, à Gorée, faire des réunions et tout cela. Et chaque fois, c’était aussi autour des artistes qui disaient leurs choses, même s’ils ne brisaient pas quelque chose : des peintres faisaient des tableaux, certains chantaient timidement, jusqu’au moment où l’on a pensé qu’il fallait amplifier tout cela. Donc la musique a été toujours au front, autour de la lutte contre l’apartheid.

Votre dernier fils s’appelle Nelson Mandela. Cela est le plus bel hommage que vous pouviez rendre à votre héros ?

Oui, j’ai eu cette idée quand on attendait notre bébé. Ma femme était en phase avec moi, parce qu’elle adore aussi Nelson Mandela. Notre Nelson allait naître pratiquement la veille de l’anniversaire de Nelson Mandela, donc il n’y avait même pas de questions à se poser. On a donné ce nom et pour moi, c’est une manière de lui dire : merci, jamais le flambeau que vous avez allumé ne va s’éteindre.

L’entretien a été enregistré avant la mort de Nelson Mandela.
 
rfi