«SUR 30.000 DEMANDES DE VISA, PLUS DE 75% ONT REÇU UN AVIS FAVORABLE»


Rédigé le Mercredi 29 Janvier 2014 à 10:03 | Lu 138 fois | 0 commentaire(s)


Plus de longues files devant l’ambassade de France à Dakar ou de rejets de visas à des artistes de renom et à des personnalités publiques. Paris désormais joue la carte de la sécurité dans un pays entouré par un cercle de feu. Le Consul général de France à Dakar, Alain Jouret qui a ouvert ses bureaux à «L’AS», a levé bien des équivoques sur des relations souvent heurtées entre les autorités consulaires et les usagers.

Le diplomate indique que malgré les complaintes des populations, les services ont été fortement améliorés. Il révèle que sur 30.000 demandes de visa en 2013, plus de 75 % ont reçu un avis favorable. Toutefois, il écarte toute idée de remboursement des frais de visas ou de réduction de cette somme, pour la simple raison qu’il s’agit d’une décision Schengen.

L’As : En 2012, 32000 dossiers de demande de visa ont été traités dans vos services et 75% d’avis favorables émis. Qu’en est-il pour 2013 et comment se répartissent les visas acceptés : court séjour, long séjour, étudiant, etc. ?

Alain Jouret : Nous avons toujours plus de 30.000 demandes de visa par an et un taux de délivrance de plus de 75%. Nous sommes très loin devant les autres pays Schengen. En guise d’exemple, l’Espagne est à 4.000 et l’Italie à 2000. Nous sommes à près de huit demandes acceptées sur dix déposées. Les visas court séjour sont les plus nombreux; ils représentent plus de 85% de nos demandes. Ces visas relèvent de la règlementation européenne. Ils permettent d’entrer sur le territoire d’un ou de plusieurs Etats Schengen, en vue d’y effectuer un séjour ininterrompu ou plusieurs séjours consécutifs, dont la durée totale ne dépasse pas 90 jours par semestre à partir de la date de la première entrée dans l’espace Schengen.

Les demandeurs de visa ne sont pas toujours bien accueillis au Consulat. Que comptez-vous faire pour y remédier ?

Je crois que les Sénégalais sont comme les Français, ils aiment bien râler. Cependant, je crois que notre service a énormément évolué. Encore une fois, je pense qu’il y a une image qui perdure, mais elle est dépassée. Les conditions d’accueil n’ont cessé d’évoluer ces dernières années et l’image de longues files d’attente sous la pluie ou le soleil n’est plus d’actualité. Les usagers sont reçus dans un bâtiment de bonne qualité et dans des salles entièrement rénovées. La salle d’attente comprend désormais 125 places assises, une climatisation et des bornes d’eau. Les rendez-vous sont gérés par un centre d’appels et des créneaux de 30 mn ont été mis en place. Le temps d’attente à l’intérieur de notre local est en moyenne de 45 mn. On ne peut plus faire attendre les gens dehors plus de 45 minutes, je dirais, pour des raisons de sécurité des usagers. En règle générale, le délai de délivrance a été ramené de 72 heures à 24 ou 48 heures. ll y a eu un net accroissement du nombre de visas de circulation grâce à de nouvelles facilités. Pour préparer leur dossier, les demandeurs ont à leur disposition toutes les informations sur notre site internet. Ainsi, ils peuvent télécharger un guide du demandeur et des fiches thématiques (court et long séjour, artistes, sportifs, étudiants) fournissant une liste exhaustive des justificatifs à présenter. Nous estimons que la qualité du service est bonne puisque nous avons fait une enquête de satisfaction sur une période d’environ deux mois et demi. Plus de 800 réponses ont été apportées aux questionnaires «anonymes», qui étaient à la disposition du public. 90 à 95 % des gens disent qu’ils sont très satisfaits. Nous avons donc de vraies statistiques et non pas une impression sur les conditions d’accueil. Je remercie à cet effet les usagers qui ont répondu à ce questionnaire et qui ont su apprécier nos efforts d’amélioration.

Ces dernières années, il y a eu des personnalités ou des artistes à qui vous avez refusé le visa. Le cas du Pr Sangaré professeur agrégé de Grammaire, nous vient à l’esprit. Est-ce que vous avez pris des dispositions pour que de telles choses ne se reproduisent pas ?

Alors là je corrige ! Nous n’avons jamais refusé le visa au Professeur Sangaré. Maintenant c’est connu ! On s’est fait attaquer mais on n’a rien dit. Le Professeur Sangaré avait une dette hospitalière importante. C’est lui qui l’a déclaré, parce que nous ne donnons jamais d’informations personnelles sur un dossier. Nous lui avons simplement demandé d’aller à la Trésorerie française et savoir comment il allait régler cette dette hospitalière.

Il n’a pas eu de refus. Nous avons simplement suspendu l’étude de son dossier. La preuve, après il est allé voir la Trésorerie. En ce qui concerne les artistes, je le dis et je le répète, pour les artistes de notoriété, il n’y a pas de refus. On leur donne même des visas de circulation. Le problème que nous avons, c’est avec les accompagnateurs ou les membres du groupe. Là, c’est un souci parce que certains se découvrent tout de suite chanteurs ou danseurs alors que personne ne les connaît. Nous sommes donc très précautionneux parce que nous savons que beaucoup ne sont pas des artistes. Aucun artiste connu n’a vu sa demande de visa rejetée.

Il y a aussi des étudiants qui règlent tous les dossiers avec les écoles mais une fois à l’ambassade, vous leur refusez le visa.

D’abord je tiens à dire qu’il y a très peu de refus pour les étudiants. Sur près de 2.000 demandes, plus de 1700 sont acceptées. Il faut déposer un dossier pédagogique cohérent. Je vous donne l’exemple d’un jeune qui nous a alertés. Il voulait aller à la Sorbonne pour s’inscrire en licence d’anglais alors qu’il n’en a pratiquement pas fait depuis l’école secondaire. J’ai dit que ce n’est pas la peine de lui donner le visa car il va échouer. Il y a aussi le dossier consulaire, mais là également il y a peu de refus pour les étudiants.

Les visas rejetés concernent généralement quels types de demandeurs ?

Le motif de rejet n’est jamais lié à un type de demandeurs. Les refus sont en grande majorité liés à des raisons de présentation de dossiers incomplets. J’invite donc tous les demandeurs à consulter notre site (consulat général de France à Dakar) à l’onglet «Visas», pour qu’ils prennent connaissance des différentes fiches d’information selon le visa demandé, afin qu’ils présentent des dossiers complets.

Pourquoi les délais de séjour que vous donnez sont très courts ?

Non, nous donnons par rapport à la demande. Vous demandez une semaine, nous vous donnons une semaine. Vous demandez plus de 90 jours, on vous donne cela. Nous étudions la demande et nous vous donnons, ou nous ne vous donnons pas si nous estimons que votre dossier n’est pas complet. Maintenant, en ce qui concerne la présentation au retour, il y a une procédure aléatoire. Aussi, si nous estimons que la personne a eu des difficultés à fournir tous les dossiers, nous pouvons lui demander de revenir. C’est ce qu’on appelle la présentation du retour, qui est prévue par la réglementation Schengen.

Pourquoi par exemple ne pas vous inspirer des Etats-Unis qui donnent cinq ans ou dix ans ? Ça peut éviter l’encombrement de l'espace aussi ?

Vous savez aussi qu’il y a les visas de circulation et nous avons augmenté de 43%, par rapport à il y a deux ans, le nombre de visas de circulation. On l’augmente de 20% par an, mais ça va diminuer parce que les personnes qui ont eu deux ans, trois ans ou quatre ans, on ne les reverra plus qu’après quatre ans. Nous ne pouvons pas faire comme les Etats Unis en donnant un visa de 10 ans, car la réglementation Schengen dit que la date doit être calculée par rapport à la validité du passeport.

L’émigration choisie est-elle toujours en vigueur ?

L’émigration choisie n’est pas le bon terme, maintenant on parle d’immigration circulaire. Le Sénégal et la France ont le souhait de développer une migration concertée et non choisie. A cet effet, la France offre au Sénégal des facilitations sur toute une sérié de questions liées à la migration : facilité de délivrance de visa de circulation et de visa de transit, autorisation de séjour et de travail pour les étudiants ayant réussi avec succès un Master, regroupement familial, co-développement, amélioration des contrôles aux frontières et retour des migrants en situation irrégulière dans leurs pays d’origine.

La France et le Sénégal ont aussi marqué leur intérêt pour le principe de la migration circulaire et l’ouverture de plusieurs métiers aux ressortissants sénégalais (environ une centaine). S’agissant plus précisément de la migration professionnelle, elle a permis de développer : -les coopérations entre l’OFII, le service public de l’emploi sénégalais et le ministère de l’Emploi ; les actions de promotion de l’accord d’échange de jeunes professionnels et la mise en place d’un dispositif très apprécié par les employeurs sénégalais, notamment ceux du secteur de l’hotellerie-restauration ; la signature d’une convention cadre avec ADOMA en France, qui permet d’héberger jusqu’à 500 étudiants boursiers sénégalais. Des résultats ont été obtenus : près d’une centaine de Sénégalais ont fait une demande de visa pour la France (CDD, CDI, détachés, jeunes professionnels, etc.) et la France reste la première destination des étudiants sénégalais poursuivant leur cursus à l’étranger. Plus de 10.000 étudiants sénégalais sont actuellement formés en France.

Peut-on s’attendre à une baisse du montant exigé du demandeur de visa ou à son remboursement, ne serait-ce que de moitié ?

Ce n’est pas la France qui décide, ce sont les pays Schengen qui se sont réunis et ont fixé la somme à 60 euros. Les demandeurs de visa s’acquittent d’un montant défini par la réglementation européenne qui correspond au traitement de la demande de visa. Cette réglementation ne prévoit aucun remboursement car le dossier a bien été traité par le service, quelle que soit la réponse. C’est donc le coût du service.

Mais le personnel n’est pas quand même payé par cet argent des visas ?

Encore une fois ce coût, c’est le coût Schengen. Le personnel, ce sont des agents de l’Etat français qui sont payés par la France. Cet argent part vers l’Europe, les pays Schengen.

Le demandeur peut-il s’attendre à plus d’explications lors du refus de délivrance de visa ?

La réglementation Schengen nous impose une fiche comportant des motifs de refus référencés. Nous avons donc obligation de motiver tous les refus à l’aide de cette fiche, qui est remise au demandeur. Il prend connaissance des motifs qui sont cochés, et doit la signer. Il est donc bien informé de la nature du refus.

Six mois après l’entrée en vigueur de la mesure de réciprocité des visas entre le Sénégal et la France, cette mesure a-t-elle entraîné une baisse de flux de Français, particulièrement de touristes, vers le Sénégal ?

L’instauration d’un visa de réciprocité relève de la souveraineté de l’Etat sénégalais. Je n’ai pas connaissance de statistiques concernant les touristes et je ne peux donc faire aucun commentaire à ce sujet. Je sais qu’il y a eu des blogs, des forums où les gens ont eu des échanges peu agréables, mais nous ne sommes pas concernés. Je gère les Français qui sont là.


«SUR 30.000 DEMANDES DE VISA, PLUS DE 75% ONT REÇU UN AVIS FAVORABLE»