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SENEGAL: Un nouveau départ! par Papa Chimère Diop


Rédigé le Vendredi 21 Juin 2013 à 13:52 | Lu 299 fois | 0 commentaire(s)


Pour moi, les meilleures chemises au monde ne se font pas à Milan mais à la Médina de Dakar. Elles n’ont pas de marque et leur styliste se prénomme Alioune. Ce dernier est un maître dans son art, il est autodidacte et se trouve aujourd’hui à la tête d’une petite maison de mode mesurant au plus 20 mètres carrés sans la moindre enseigne où il emploie cinq jeunes tailleurs. C’est un homme d’affaires au même titre que celui qui à quelques kilomètres de là au centre ville prend son petit déjeuner au Café de Rome. Seulement, Alioune a une vieille Renault 5 rouge et il ne peut prétendre à un emprunt pour faire face à ses charges. Devant son atelier on retrouve des moutons, le calcio local de « petit camps », une vendeuse de « madd » et des gravats. Sa stratégie marketing est simple et ce sont ses mots : « Une fois que je te taillerai une chemise, bilahi tu m’enverras des clients ». Il a raison, puisque nous même y sommes arrivés par recommandation et l’avons recommandé.


SENEGAL: Un nouveau départ! par Papa Chimère Diop

Le cas de Alioune et de beaucoup d’autres personnes que nous avons rencontrés sur les chemins à Dakar, Pout, St-Louis, Guéoul, ainsi que ce cordonnier de Ngaye-Mékhé, nous a intrigué mes collègues et moi. Nous nous sommes posés la question : pourquoi des individus aussi talentueux n’ont pas disons le succès qu’ils méritent ou sinon au moins une vitrine dans un centre commercial sur la corniche de Dakar? Notre cabinet a voulu investir dans l’atelier de Alioune mais malheureusement ce dernier représente un risque… et ce n’est pas de sa faute. Nous avons par la suite compris qu’il faisait face à plusieurs problèmes, que ses commandes ne respectaient pas l’échéancier du fait de coupures intempestives d’électricité, que ses employés sans une couverture sociale adéquate tombaient souvent malades le rendant vulnérable à un manque de main d’œuvre et beaucoup d’autres facteurs indépendants de sa volonté. Il en résulte pour ce battant, une perte de fidélisation de la part de sa clientèle et un manque à gagner énorme. Son cas hélas n’est pas isolé, il est même très commun.

Chers lecteurs, le monde fait face à des défis extraordinaires. Récemment, je suis accidentellement tombé sur une statistique effrayante du Fonds des Nations Unies pour la Population tant, de par sa magnitude, elle est révélatrice de là où nous nous dirigeons. Là voici : « Il est estimé qu’en 1800, pour la première fois depuis que nous existons en tant qu‘espèce humaine, la population de la Terre pour la première fois atteignait 1 milliards de personnes. Seulement 127 ans plus tard en 1927 nous atteignions 2 milliards, 33 ans plus tard en 1960 nous étions 3 milliards, 14 ans plus tard en 1974 nous étions 4 milliards et en 2011 nous atteignions 7 milliards d’êtres humains. Si la tendance se confirme, en 2083 cette croissance exponentielle atteindra les 10 milliards de personnes.» Le réchauffement climatique n’aidant certainement pas, ce chiffre est beaucoup plus que ce que les ressources actuelles du monde peuvent supporter. Au Sénégal seulement, la population est passée de 3 607 000 personnes en 1967 à pratiquement 13 millions de personnes en 2009. Cela ne s’est fait qu’en 42 ans… Si nous allions ces données à notre taux de chômage et à la pression sociale, il en ressort un cocktail on ne peut plus explosif. Ce n’est pas pour rien figurez vous que les « puissances » du monde face à la rareté de plus en plus évidente des ressources naturelles nous font les yeux doux aux moyens d’épongement de nos dettes, de coopérations et surtout en nous « aidant » à définir nos politiques économiques, sociales et commerciales. Il est donc de notre devoir de nous battre afin que les injustices actuelles cessent et qu’enfin nos dirigeants comprennent qu’ils ont à portée de main une jeunesse dynamique, enthousiaste et désintéressée par un aspect strictement matériel». Les propos de ce sociologue qui m’ont été rapportés résument parfaitement le statu quo: “En Afrique, nous sommes dans un star system où ce sont les mêmes personnes que l’on entend depuis toujours sur la scène politique, syndicale, sociale et économique. Ces mêmes individus ont le même discours et parlent depuis toujours des mêmes sujets.”

Nous détenons cependant une partie de la solution à nos problèmes. Si chacun d’entre nous, décidait en faisant ses épiceries de ne plus acheter de sucre ou de riz importés, de favoriser les fruits et légumes MADE IN SENEGAL ou de boire du vrai lait de vaches                         «sénégalaises», nous aurons non seulement contribué à nous enrichir mais aussi à créer des opportunités jusque là inexistantes ou très peu développées. Si notre gouvernement est capable de mettre en place des politiques souples mais protectionnistes, tout en développant  son ambition de créer des emplois pour les jeunes dans le domaine de l’agriculture nous aurons fait un pas de géant.

Nous avons aussi la responsabilité en tant que nation d’applaudir les succès de nos compatriotes et de les supporter. Cela ne concerne pas seulement le domaine sportif, mais aussi les sciences, les affaires, l’éducation et les arts. Au Sénégal j’ai découvert une jeunesse dévouée, entreprenante et qui innove. Dans le monde de la mode, ces jeunes utilisent des ressources locales afin de créer de magnifiques vêtements et accessoires à partir de tissus africains de type «wax» cousus par des tailleurs locaux et confectionnés par des artisans cordonniers extrêmement doués. Il est bien dommage que notre défunte SOTIBA ne soit plus là pour fournir à Belya, Siraka ou Gnéméma une matière première à moindre coût et leur évitant ainsi de faire venir leurs tissus du Ghana, du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou dieu seul ait où. J’ai aussi rencontré d’autres jeunes dans le domaine des services qui ont des idées brillantes mais manquent de capitaux pour démarrer, faire croître leurs activités ou sont tout simplement victimes d’un mimétisme de la part de personnes pouvant les soutenir. D’autres dont certains sont de bons amis, s’organisent pour développer un modèle d’agriculture biologique prenant ainsi à contre-pied les cyniques. Mme Clarisse Dione pour laquelle j’ai beaucoup d’admiration est une encyclopédie vivante des arts et du savoir faire sénégalais et a des solutions innovatrices dans le domaine de leur promotion. Mais trop souvent l’histoire de ces personnes et beaucoup d’autres, passe en dessous du «radar» qui est occupé à chasser le prochain combat de lutte, la dernière danse à la mode ou des scandales fruits de la dégradation grave de nos mœurs.

C’est ainsi que depuis un an, au Cabinet Delta-Sigma nous changeons de cap. Mon équipe et moi avons décidé de consacrer une plus grande partie de notre temps et de nos ressources à l’élaboration de projets porteurs et qui anticipent sur des défis actuels. Dans le cas du Sénégal, nous avons pris l’initiative bénévole de travailler à l’élaboration d’un Système Intégré de Gestion de la Prévention Routière mettant une emphase particulière sur les volets de la formation et de la prévention. Notre objectif est de bâtir une ossature solide menant à la délivrance d’un permis de conduire numérisé, sécuritaire pour tous et permettant aux autorités d’accéder à une base de données rassemblant les antécédents de tous les conducteurs sur un territoire donné. Un tel système permettrait d’éliminer toute fraude, rendrait les compagnies d’assurance compétitives et axée sur la responsabilité civile et nous mettrait à l’abri de reportages ridicules par des télévisions étrangères en manque d’auditoire et qui déploient des moyens faramineux pour nous salir. Mais si ce projet venait à voir le jour, il serait d’abord et avant tout une création entièrement sénégalaise. Ensuite, il contribuerait de concert avec les programmes gouvernementaux déjà existants à réduire le triste bilan des sinistres routiers et serait un facteur de créations d’emplois et de revenus autant pour l’État que pour le secteur privé. En travaillant sur ceci pro bono, nous avons voulu démontrer que les actes citoyens ne se limitent pas simplement à de l’éducation civique mais vont bien au delà en prenant des initiatives auxquelles tout le monde profitera. Notre plus gros défi aujourd’hui est de trouver des partenaires locaux et des interlocuteurs pour qui l’intérêt ne se limite pas simplement à un aspect monétaire.

Lorsque le Président Sall invite les ressortissants de la diaspora à revenir investir dans leur pays, nous ne pouvons qu’applaudir. Nous l’encourageons à aller plus loin et à offrir par exemple des exemptions d’impôts temporaires et exclusives à tout sénégalais de l’extérieur qui créerait un nombre donné d’emplois et qui maintiendrait des activités profitables pendant disons 5 ans. Une autre suggestion serait que l’État, à l’aide de stimuli investisse minoritairement dans plus de PME et PMI encourageant ainsi la responsabilité sociétale des entreprises.

Dans le domaine du tourisme, des politiques doivent être mises en place pour favoriser autant la venue de touristes que le tourisme intérieur des sénégalais dans leur Sénégal. Je n’ai jamais su que notre pays regorgeait d’autant d’endroits paradisiaques. La raison étant simple, la clientèle visée n’est pas locale et les campagnes de marketing se font loin de nos téléviseurs. Personnellement, je préfère de loin le delta du Sine-Saloum aux tours de verre et de béton des émirats. D’ailleurs lorsque le président Obama arrivera à Dakar la semaine prochaine, notre ministre du tourisme devrait lui proposer d’aller visiter le Parc National du Niokolo Koba. Je suis conscient qu’il est bien trop tard, cependant, cela aurait été historique et aurait garanti une attention particulière à ce bijou sénégalais. Je n’arrive toujours pas à me remettre du fait qu’en 53 ans de souveraineté nationale seulement deux présidents se soient rendus dans ce parc. Gorée c’est important et plein de symboles, mais si je me rappelle bien, le président Obama s’est déjà rendu à Elmina au Ghana pour une visite plus ou moins identique. Il y a vraiment d’autres choses à voir dans un pays aussi vaste que le nôtre.

Nous nous devons de garder espoir. Il est bien vrai que nous ne pouvons pas en un an rectifier ce qui a été gâché par une occupation étrangère de 1442 à 1960 et par nous solidairement en tant que sénégalais de 1960 à nos jours. Par contre, il n’est pas trop tard pour un nouveau départ afin de définir ensemble en tant que nation des objectifs communs, réalistes et atteignables. Un bel exemple de ce qui est possible lorsqu’un peuple décide de fonctionner est le Rwanda, qui depuis 1994 à la suite d’événements désastreux a adopté un nouveau concept d’identité nationale et ses chiffres parlent d’eux mêmes. Si c’est possible dans un pays enclavé, formé de collines et d’une superficie de seulement 26 300 kilomètres carrés avec une population presque identique à la nôtre, la question qui se pose pour nous n’est plus de savoir à quand le grand départ mais pourquoi ne sommes nous pas encore parti?

Vous remarquerez que tout au long de cet essai, ma réflexion passe au delà des considérations strictement politiques et gouvernementales car après tout, nous sommes une République. Cela veut dire que chacun d’entre nous, du nouveau né à Dagana au retraité à Sédhiou a une responsabilité de dicter sa volonté et de la faire appliquer par ses élus tant et si bien que cette dernière respecte les principes démocratiques qui nous sont si chers.

J’invite donc tout un chacun à regarder son voisin et à lui poser la question suivante : « Mbokk ana lann la la mounna dimbaler » (En quoi puis je t’être utile)? Autour de nous, révolu est le temps des élites et des citoyens de classes différentes,  l’heure est à l’ouvrage et seulement ceux qui mettront la main à la pâte auront le droit de revendiquer la paternité du Sénégal du 21e siècle. Unissons nous donc en mettant de côté nos différences ethniques, de castes et de religions et créons le plus authentique produit «MADE IN SENEGAL» jamais réalisé. Nous mêmes!

Papa Chimère Diop

chimere.diop@dsigma.org