Portrait: Qui est le chef de Boko Haram, qui a enlevé les lycéennes ?


Rédigé le Samedi 17 Mai 2014 à 17:14 | Lu 237 fois | 0 commentaire(s)



Abubakar Shekau, le leader sanguinaire du mouvement terroriste nigérian, est l'un des djihadistes les plus recherchés d'Afrique. Et l'un des plus secrets.

Il a des allures de psychopathe fanatique et illuminé. Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram, mouvement terroriste islamiste du Nigeria, est l'un des djihadistes les plus recherchés d'Afrique. Mais c'est aussi l'un des plus secrets. Savamment entretenu, le mystère qui l'entoure est sans doute destiné à le protéger.

Les Etats-Unis ont offert 7 millions de dollars pour sa capture. Le secret a sans doute aussi pour but d'entretenir sa mystique et funeste légende. Depuis des années, plus personne ne l'a vu en chair et en os, en public. Donné plusieurs fois pour mort par les forces de sécurité nigérianes, le leader islamiste a toujours resurgi triomphant et défiant les "incroyants".

Dans la dernière vidéo où il apparaît, il affirme qu'il ne libérera les quelque 200 lycéennes (converties à l'islam) qu'il a enlevées qu'en échange de prisonniers de son organisation. Dans sa précédente apparition, "l'imam caché" de Boko Haram avait menacé de "les vendre sur le marché, au nom d'Allah". Barbe, treillis, doigt pointé vers le ciel, Abubakar Shekau singe visiblement le défunt leader d'Al-Qaida, Ben Laden.

Un goût prononcé pour le meurtre

Peu de choses sont connues sur lui, à part son goût prononcé pour le meurtre.

J'aime tuer tous ceux que Dieu me demande de tuer, comme j'aime tuer les poulets", a-t-il ainsi froidement déclaré dans une vidéo en 2012.

Il serait né à Shekau, un village du nord du Nigeria, dans l'Etat de Yobe, près de la frontière du Niger. Il aurait aujourd'hui entre 35 et 45 ans, personne ne sait. Il serait de l'ethnie kanuri, celle qui fournit les plus gros bataillons de Boko Haram. Il aurait grandi comme un enfant des rues, fumant de la marijuana, à Mafoni, un quartier pauvre de Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno (Nord) qui allait devenir le QG de Boko Haram. Il aurait été étudiant en théologie islamique.

Dans ses apparitions vidéo, il pose aussi en leader spirituel, délivrant des sermons à ses fidèles. Son surnom est "Darul Tawhid", le spécialiste du Tawhid, dogme fondamental de l'islam. Mais les spécialistes qualifient sa formation islamique de "rudimentaire". Et les imams du Nigeria ne reconnaissent pas son savoir. Il parle haoussa, la langue du Nord, kanuri et arabe mais pas anglais, la langue de communication officielle au Nigeria.

Moitié intellectuel, moitié gangster

C'est à Maiduguri qu'Abubakar Shekau aurait été fasciné, comme beaucoup de jeunes de son âge, par Mohamad Yusuf, le fondateur et leader de Boko Haram, alors une simple secte musulmane, fondée en 2002, qui allait vite basculer dans la violence. Orateur charismatique, Yusuf dénonce la corruption qui ronge le pays le plus peuplé d'Afrique (170 millions d'habitants, 923 000 kilomètres carrés), la pauvreté et l'analphabétisme qui ravagent le Nord musulman.

Il prêche le retour à la pureté, à la charia, le renouveau de l'islam des premiers temps. Moitié intellectuel, moitié gangster, Abubakar Shekau rejoint la secte, en devient le numéro deux. En 2009, Mohamad Yusuf est capturé. Il meurt aux mains des forces de sécurité, sous la torture ou d'une exécution sommaire.

Abubakar Shekau devient le chef des "talibans nigérians". Certes, il n'a ni le charisme ni les talents oratoires de son prédécesseur. Mais, inflexible et intrépide, il se distingue par sa cruauté et ses talents d'idéologue. Il aurait épousé une des quatre femmes de Mohamad Yusuf après sa mort afin de préserver l'unité et la pureté de Boko Haram.

3.000 personnes tuées

Groupe très décentralisé, unifié par l'idéologie, Boko Haram est gouverné par une choura, un conseil de cinq membres présidé par Shekau. Solitaire, peu bavard, celui-ci prendrait certaines décisions tout seul, dirigerait le mouvement indirectement, avec des contacts minimum, par l'intermédiaire de quelques leaders soigneusement choisis. C'est à partir du moment où Shekau prend la tête de Boko Haram que le mouvement, alimenté par une répression féroce et aveugle, bascule dans l'ultraviolence.

Ces cinq dernières années, il aurait tué plus de 3.000 personnes. Boko Haram commence à prendre des otages, à attaquer les chrétiens qui fuient le Nord en masse. Et Abubakar Shekau continue de construire son implacable légende.
Nouvelobs


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