PROFIL DU NOUVEAU GARDE DES SCEAUX: SIDIKI KABA


Rédigé le Mercredi 4 Septembre 2013 à 14:33 | Lu 99 fois | 0 commentaire(s)


Parmi les huit "bleus" du troisième gouvernement sous Macky Sall, il y a Me Sidiki Kaba. 63 ans, spécialiste des droits humains, il est le nouveau ministre de la Justice. Le successeur d’Aminata Touré, devenue Premier ministre.


PROFIL DU NOUVEAU GARDE DES SCEAUX: SIDIKI KABA
Le nouveau Premier ministre en avait sûrement fait une affaire personnelle. Nommée à la place d'Abdoul Mbaye, limogé, Aminata Touré, précédemment Garde des Sceaux, devait trouver un digne héritier pour le poste si stratégique de ministre de la Justice. Elle a jeté son dévolu sur Me Sidiki Kaba, ancien président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (Fidh, 2001-2007). Un défenseur des libertés, un combattant contre l’impunité. Un homme de l’Art en somme.

 
Mimi Touré semble satisfaite de sa recrue. Il est vrai que les comptes se feront plus tard, mais le Premier ministre ne s’est pas empêchée d’encenser son successeur avant même de lui céder le fauteuil. ‘’Me Kaba est un éminent juriste, un éminent avocat, connu sur la scène nationale et internationale, un militant des droits humains. Je suis convaincue qu’il fera un excellent Garde des Sceaux’’, a déclaré l’ex-ministre de la Justice, lundi 2 septembre, au cours de la conférence de presse ayant suivi la publication de la liste de son gouvernement.
Me Sidiki Kaba est le premier africain président de la Fidh. Il est connu en Afrique et dans le monde comme un défenseur de la liberté de la presse, des droits des femmes. Son combat contre l’impunité a également façonné sa réputation. Il a assisté Idrissa Seck lors de l’affaire des Chantiers de Thiès ainsi que les victimes supposées de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Récemment, et ça fait grincer des dents, il a été l’avocat de Bibo Bourgi poursuivi dans le cadre de la traque aux biens supposés mal acquis. Un riche pedigree toutefois qui, selon Aminata Touré, le prédestine à la fonction de Garde des Sceaux, dans un régime qui a érigé en dogme la gouvernance vertueuse et l’égalité devant la justice, notamment.

 
Conflit d’intérêts ?
Le natif de Tambacounda tombe bien. Son prédécesseur a défriché une bonne partie du chemin et posé des balises pour le reste. Traque aux biens supposés mal acquis : la procédure est en cours et la Cour de répression de l’enrichissement illicite, qui drive le dossier, est à quelques mois du terme de son instruction. Affaire Hissène Habré : l’ancien président tchadien est placé sous mandat de dépôt et tout porte à croire qu’on se dirige direct vers son procès. Code pénal, Code de procédure pénale, prisons, éducation surveillée… : un paquet de réformes est dans le circuit. Il a été rendu public récemment par l’ex-Garde des Sceaux, désormais Premier ministre.
Sidiki Kaba prendra le relais d’Aminata Touré pour la réalisation de ces changements dans le système judiciaire sénégalais. Un vaste programme. Au regard des témoignages sur son compte, Macky Sall et son nouveau Premier ministre semblent avoir misé sur le bon cheval. Il est réputé intègre, compétent, pondéré, déterminé, courageux, indépendant. Sidiki Kaba a cependant les défauts de certaines de ses qualités. Sa liberté de ton indispose, parfois. Il n’hésite jamais à tirer sur tout contrevenant au respect des libertés individuelles. Quel qu’il soit. C’est ainsi qu’il a souvent eu les Etats-Unis dans sa ligne de mire. C’était le cas, par exemple, lors de la publication du rapport 2004 du Département d’Etat sur l’état des droits de l’Homme dans le monde. Me Kaba n’a pas été tendre avec le pouvoir de George W. Bush, à l’époque président des Etats-Unis.
‘’Quand on rédige un (tel) rapport, la moindre des choses est de ne pas s’exclure du tableau, avait suggéré Me Kaba, interrogé par Jeune Afrique. Pour être crédible, il faut d’abord balayer devant sa porte. Le département d’État a raison de dénoncer des pays comme le Soudan, la Birmanie, la Corée du Nord ou la Rd Congo, dont le bilan est notoirement désastreux. Mais quand il met en cause les exécutions capitales en Iran ou en Chine, on ne peut que lui rétorquer qu’en 2004, 59 condamnés ont été exécutés aux États-Unis. Les Américains pratiquent chez eux ce qu’ils dénoncent chez les autres. On peut donc s’interroger sur leur autorité morale...’’

 
Virulent tribun
En relisant ces lignes, le ministre des Affaires étrangères, Makeur Ndiaye, aura probablement froid dans le dos. Confier un ministère de souveraineté à un tribun de ce calibre, de cette virulence, affable mais fort en gueule, il y a de quoi placer les diplomates sénégalais en alerte maximale, au cas où. Mais à 63 ans, l’actuel ministre de la Justice a certainement passé l’âge où il cavalait seul, son étoile de Shérif à la poitrine et tirant sur tout ce qui bouge sans sommation. Désormais, vraisemblablement, il maitrise les us et coutumes du politiquement correct.
Après ses études primaires dans sa ville natale, Sidiki Kaba est monté à Dakar pour suivre son cycle secondaire au lycée Van Vollenhoven (Lamine Guèye). Il y décroche son Bac en 1972. Diplômé des universités d’Abidjan et de Dakar, il sera titulaire de trois licences (Droit, Philo et Lettres modernes) et d’une Maîtrise en Droit des affaires. Il a été admis au barreau de Dakar en 1980.