«NOUS SOMMES PRETS ET NOUS SAVONS LA OU NOUS DEVONS ALLER»


Rédigé le Samedi 2 Novembre 2013 à 17:10 | Lu 141 fois | 0 commentaire(s)


Depuis sa nomination par le président de la République à la tête de l’Office national contre la fraude et la corruption (Ofnac), Nafi Ngom Keïta s’est gardée de communiquer. Avant-hier, l’ancienne Inspectrice générale d’Etat (Ige) a rompu le silence. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, elle a dévoilé son programme de lutte contre la fraude et la corruption et a tenté de rassurer les sceptiques.


Mme la présidente de l’Ofnac, vous avez assisté à un atelier de restitution de l’étude sur la situation de référence de la perception par les populations de la corruption dans les départements de Vélingara, Koungheul et Tivaouane mené par le Forum civil. Quelles appréciations faites-vous de ce travail ?
D’abord, je remercie le Forum civil et tous ceux qui ont participé à cet atelier. Il faut dire que cet atelier a permis de dégager un certain nombre de consensus sur la nouvelle démarche qu’il faudrait emprunter pour rendre nos actions efficaces dans l’intérêt de notre pays. Parmi les éléments de consensus, il y a la nécessité de favoriser l’accès à l’information. Ce qui suppose que le citoyen soit sensibilisé et formé de sorte qu’il puisse comprendre le sens de l’information qui lui est donnée. Mais également, ça renvoie à une question de responsabilité. Parce que, je le dis, on ne s’indigne pas assez. Par exemple, que le citoyen dit non. Souvent, il faut donner 1000 francs pour se faire délivrer un acte d’état civil. La notion de responsabilité aussi, c’est de comprendre ses droits, comprendre que le fonctionnaire ou l’agent de l’Etat qui vous rend service ne le fait parce qu’il a été recruté pour ça,  mais qu’il est aussi payé pour ça. Vous n’avez pas à lui donner de l’argent pour qu’il vous rende service. L’accès à l’information suppose aussi l’existence au sein de l’administration d’unités capables de reprendre l’information, de l’analyser, de la simplifier et de la mettre à la disposition des citoyens.
Par quels mécanismes…
Il y a un projet de loi préparé sur l’accès à l’information. Moi, j’ai proposé une loi dans le rapport sur la gouvernance : le vote sur la sécurité financière et le vote sur la protection du patrimoine, mais aussi le vote d’une loi qui favorise non seulement l’accès des citoyens à l’information de gestion des affaires publiques, mais qui protège aussi les personnes qui peuvent porter des informations à la disposition des organismes de luttes contre la corruption tout en étant protégé. Cette loi permet et encourage les citoyens à faire la dénonciation. Et en cas de recouvrement des sommes en cause, la personne qui a fait la dénonciation peut recevoir par exemple 15% du montant.
L’autre point de consensus, c’est un système de suivi et évaluation des activités que nous menons, mais également d’assurer la synergie entre les acteurs. On a mis la nécessité de s’appuyer sur les organisations de jeunes, sur la presse  qui joue un rôle capital dans la lutte contre la corruption. Nous allons aussi nous appuyer sur les acteurs non étatiques. Nous avons aussi un consensus de mettre en place l’observatoire pour assurer le suivi de nos activités. Il y a également la nécessité d’encourager la déclaration de patrimoine qui doit être faite non pas seulement par les gestionnaires et les autorités politiques, mais par toute personne investie d’une mission de donner une autorisation, de donner des avis, quand ces derniers permettent l’accès à  des ressources publiques. Il faut aussi fixer des délais, ce qui empêche la corruption. Comme le secteur public, il faut sensibiliser le secteur privé et les impliquer dans les stratégies, mais aussi le réseau des parlementaires. Nous avons un consensus sur la mise en place d’une charte des valeurs ainsi que d’un recueil des normes et principes devant guider les organisations de lutte contre la corruption parce  qu’il faut que nous soyons crédibles.
Au-delà de ces consensus, comment l’Ofnac va combattre la corruption ?
Après avoir discuté avec mes collaborateurs qui m’accompagnent à l’Ofnac, notamment l’Inspecteur général d’Etat Ibrahima Faye, nous avons décidé de mettre en place une stratégie transparente et un plan intérimaire de lutte contre la fraude et la corruption qui couvrira la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014. Ensuite, nous aurons un plan stratégique de lutte contre la fraude et la corruption. Pour l’essentiel, ce programme s’articule autour des programmes suivants : D’abord, les activités de communication et sensibilisation, de la formation des actions ciblées de prévention et de détection. L’autre programme, c’est la préparation du document stratégique national de lutte contre la corruption. Pour la communication, nous allons faire connaître l’Ofnac, ses objectifs et ses missions. Faire connaître les dangers que représentent la fraude et la corruption pour le développement du pays, stigmatiser les  principales manifestations de la corruption et convaincre l’opinion à opter pour la tolérance zéro de ce fléau. Nous allons dissuader de recourir à la fraude et à la corruption en faisant des actions de sensibilisation. Nous allons encourager les mécanismes de dénonciation anonymes en informant que ces cas seront transmis au procureur. Parce qu’il faut retenir que l’Ofnac a le pouvoir d’auto-saisine, mais aussi le pouvoir de saisir directement le procureur. Au niveau des communications de masse et de proximité, les actions qui seront réalisées consistent à réaliser la couverture médiatique des activités de l’Ofnac et à diffuser ses slogans.
L’Ofnac va avoir 50% d’activités de prévention, de communication et d’information, 30% de lutte et 20% de recherche. Parce qu’il faut aussi construire le savoir sur la corruption. On aura un site interactif, on va utiliser les réseaux sociaux, organiser des émissions avec les  radios communautaires, installer et activer un numéro vert pour les dénonciations anonymes, communiquer sur les mécanismes de dénonciation. Nous allons lancer un bulletin qui s’appelle «Main propre» qui sera alimenté par les contributions des correspondants de l’Ofnac. Nous allons sélectionner le lauréat du théâtre de l’Ofnac. On va lancer l’appel d’offres pour la réalisation d’un feuilleton, d’un cinéma de l’Ofnac. Sensibiliser et former les fonctionnaires et agents de l’Etat sur la nécessité de l’obligation qu’ils ont de rendre les services pour lesquels ils ont été formés. Mais, il faut aussi les écouter pour connaître leurs problèmes. Nous allons aussi agir au niveau des chefs religieux. Parce que c’est absolument certain que les chefs religieux ne savent pas toujours que l’argent qui est donné pour financer telle ou telle activité n’est pas gagnée par les talibés de façon transparente.
Mais au-delà de ses activités de prévention et de sensibilisation, qu’est-ce qui est prévu concrètement pour lutter contre la corruption ?
Je vous signale que mon collègue Ibrahima Faye et moi,  avons quitté l’Ige avec une expérience, une certaine expertise, mais aussi avec des informations. Nous avons été souvent saisis pour des problèmes de corruption, mais puisque souvent la corruption n’est pas une spécialisation de l’Ige, on ne se focalisait pas trop sur ça. Parce qu’on n’avait énormément de mission d’enquêtes, d’inspections, d’audits compte non tenu des missions connexes de l’Inspection générale d’Etat. C’est la raison pour laquelle nous sommes prêts et nous savons là où nous devons aller. Nous allons développer la recherche en nous appuyant sur les travaux qui ont été faits par toutes les organisations qui luttent contre la fraude et la corruption. Nous allons lutter, faire des enquêtes et des investigations pour donner l’exemple d’agent de l’Etat ou de citoyens qui seront simplement traduits devant le Procureur pour les faits de fraude  ou de corruption.
Mais avec quel budget allez-vous réaliser cela si l’on sait que les moyens ne suivent pas encore ?
Je suis très gênée pour parler de budget. Mais sachez que pour le moment, nous n’avons pas les moyens de fonctionner. Mais le Président qui a créé l’Ofnac et qui m’a fait l’honneur de me porter à la tête de cette organisation mettra en place les moyens qu’il faut pour fonctionner.
Vous avez parlé de programme ambitieux, mais cela demande une équipe pour sa réalisation et jusque-là, on se rend compte que les membres ne sont pas encore désignés. Qu’en est-il exactement ?
C’est vrai que les autres membres ne sont pas encore nommés, mais je pense que cela ne va pas tarder.
La traque des biens supposés mal acquis doit certainement intéresser l’Ofnac. Peut-on savoir votre avis la dessus ?
La traque des biens supposés mal acquis, c’est le ministère de la Justice. Je pense qu’il faut l’évaluer pour savoir ce qui a été fait, avec quel résultat, avec quel moyen. Je peux parler de l’Ofnac, mais je ne peux pas parler de la traque des biens mal acquis.