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Le Professeur Djiby Diakhaté : «La société sénégalaise ne peut pas accepter la manifestation publique de la pratique de l’homosexualité et du lesbianisme»


Rédigé le Mardi 9 Juillet 2013 à 15:22 | Lu 462 fois | 0 commentaire(s)


Directeur de la recherche et de l’Ecole doctorale de l’IAM (institut africain de management), le professeur Djiby Diakhaté décortique l’actualité et scrute d’un point de vue sociologique la recrudescence des cas de viols, de violences, d’homosexualité et de lesbianisme qui défraient la chronique ces derniers jours. Professeur Djiby Diakhaté répondait aux questions de Momar Mbaye dans le Grand Entretien de Seneweb. Ci-dessous quelques extraits de l'entretien en français (et en wolof), disponible ce soir sur votre portail Seneweb News.


Le Professeur Djiby Diakhaté : «La société sénégalaise ne peut pas accepter la manifestation publique de la pratique de l’homosexualité et du lesbianisme»
Le rôle d’un sociologue dans la société sénégalaise

Ce qu’on attend d’un sociologue aujourd’hui, c’est de faire une étude sociologique des différentes mutations qui traversent la société sénégalaise. Une société marquée par un brassage culturel. Nous sommes assis sur un trépied avec d’une part l’occidentalité, de l’autre l’orientalité, et enfin notre caractéristique traditionnelle propre.
Nous sommes des sociétés excessivement complexes

L’histoire récente a montré que toutes les nations qui sont en train de connaître l’émergence, se sont fondées sur leurs valeurs traditionnelles propres. Le métissage est bon lorsqu’on en prend les éléments qui sont positifs et qui nous permettent de nous fortifier. Par contre le métissage est un handicap lorsqu’il conduit à un oubli de soi. Il faut se libérer de ce complexe d’infériorité.
Le traitement du fait divers dans la presse

Il faut en rendre compte, certes. Du fait divers, on ne retient que l’aspect négatif du divers. Lorsqu’il y a des éléments qui traversent notre société et qui sont en train de déstructurer notre tissu social, il faut en parler. Par contre les faits divers positifs ont tendance à être oubliés, comme les cas de solidarité, qui se font en toute discrétion. Il y a des pratiques positives qui continuent à être entretenues, en milieu rural par exemple. Malheureusement on a tendance à cacher ces bonnes pratiques et ne mettre l’accent que sur les mauvaises, comme si dans notre société, il n’y aurait que du mauvais.
La recrudescence des cas d’homosexualité et de viol

« Nous sommes dans une société où la ligne Maginot qui séparait la masculinité de la féminité est en train de se rétrécir, de disparaître progressivement. Avant, il y avait un type d’éducation qui avait essentiellement pour objectif de conférer à l’individu une Identité Sexuelle Remarquable. Dès le bas âge, on éduquait le jeune garçon de manière à l’amener à se rendre compte qu’il est un garçon, qu’il est un homme. Or, un homme, c’est un comportement, une attitude, une façon de parler, de s’habiller, de se coiffer, etc. Le garçon intériorisait cela par ce processus d’insertion psychosociale, ce processus d’éducation. Aujourd’hui, les façons de parler deviennent identiques, les hommes s’habillent, se tressent et mettent des boucles d’oreilles de la même manière que les femmes. Cette Identité Sexuelle Remarquable est en train de disparaître. Donc, il devient difficile, de nos jours, de distinguer l’homme de la femme dans certaines situations.

Nous sommes empêtrés dans le magma de la mondialisation, ce qui ne nous donne pas la possibilité d’être nous-mêmes. Nous sommes dans une situation où nous sommes plus les autres que nous-mêmes. Plusieurs études ont démontré que le monde est devenu un village planétaire, nous avons tendance à observer une uniformisation des conduites et des représentations ; nous sommes profondément envahis par ce qui se passe ailleurs. A nous de développer des anticorps pour y faire face.

Nous sommes une société poreuse à l’influence extérieure, ce qui est en train de faire disparaître cette ligne Maginot. Dans la société africaine chaque individu a son rôle. La famille qui était la cellule sociale de base traditionnellement ne joue plus le jeu.  Il y avait des valeurs et des principes ; ils ont disparu ; les grands-parents sont oubliés, relégués au second plan. Nous sommes dans une société qui a perdu ses repères, son modèle éducatif traditionnel et qui est maintenant complètement à la merci de toutes ces influences qui viennent de l’extérieur.
Le lesbianisme et l’homosexualité de plus en plus présents dans les médias sénégalais ?

Cela répond plus à une préoccupation mercantile. Avant, quand on parlait d’homosexualité, de lesbianisme, cela choquait tout le monde ; même si ça existait dans les sociétés traditionnelles, c’était à une proportion très marginale, faible. Aujourd’hui, la proportion devient de plus en plus grande. Il y a un conflit de génération autour de cette problématique. Les anciennes générations et les générations intermédiaires ne peuvent pas accepter des pratiques de ce genre, parce qu’elles ont été éduquées à certaines valeurs et à certains principes. Par contre les nouvelles générations, que j’appelle « e-generation », sont plutôt marquées par le modernisme, tellement ouvertes au monde, aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, qu’elles ont tendance à relativiser un certain nombre de principes. Pour eux, il faut permettre à l’individu de s’épanouir librement. Certains vont jusqu’à dire que c’est en rapport avec les droits de l’homme.
La liberté dans tout ça ?

Elle suppose des conditions à respecter, on ne peut pas être libre sans obéir à des conditions. Quand vous dites « je suis libre », vous obéissez à certaines règles grammaticales. Liberté et obéissance ne s’excluent pas. On peut être libre en respectant certains principes et valeurs. Or, dans la société traditionnelle, l’homosexualité et le lesbianisme était très cachées, très marginalisées, si elles existaient. Aujourd’hui, ces pratiques veulent se montrer au grand jour. Elles veulent défier les valeurs et les représentations, et exprimer leur liberté de la même manière que les autres qui expriment leur hétérosexualité. Il y a un certain nombre de barrières qu’il ne faut pas enjamber. Que ceux qui ont choisi l’homosexualité et le lesbianisme le fassent dans la discrétion la plus totale, qu’ils ne se montrent pas au grand jour jusqu’à choquer les représentations et les traditions des autres.
L’homosexualité, a-t-elle sa place dans la société sénégalaise ?

La société sénégalaise, qui est fortement croyante, ne peut pas accepter la manifestation publique de la pratique de l’homosexualité et du lesbianisme, sous une certaine forme. Cette société composée à 99% de croyants : musulmans, chrétiens et animistes. La pratique de l’homosexualité pose problème à partir du moment où ils veulent l’assumer en public. Quand ils le revendiquent ou quand ils veulent faire un lobbying pour inscrire leurs droits dans les textes qui organisent notre vie sociale, il y a un problème. Notre société n’est pas prête à accepter cela. Même si la croyance et la pratique religieuse diminuent de plus en plus, le lesbianisme et l’homosexualité n’auront pas leur jour de gloire demain.
Peut-on être musulman et homo ?

Ce n’est pas possible. L’islam en tant que religion interdit systématiquement la pratique de l’homosexualité. Et considère cela comme une pratique excessivement grave. Au Sénégal par exemple, ceux qui boivent l’alcool ne sont pas forcément des Michel et des Jean, ce sont des Amadou et des Moustapha qui consomment l’alcool. Si l’on veut développer la croyance religieuse, il faut retravailler au niveau de la famille. Revoir notre système éducatif, qui avant développait des leçons de morale, de civisme, des valeurs qui sont en train de disparaître. L’incivisme a conduit récemment au stade des jeunes à brûler le drapeau. Donc il faut revoir le système éducatif. Il faut un travail d’éducation de masse.
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