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La police éclaboussée par une affaire de drogue: l’ONG Jamra demande au procureur de s’autosaisir


Rédigé le Mercredi 17 Juillet 2013 à 13:06 | Lu 54 fois | 1 commentaire(s)


Suite au scandale qui secoue la police depuis plusieurs jours, l’Ong Jamra demande au procureur de la République de s’auto-saisir. Pour l’Organisation Non Gouvernementale, les allégations sont assez graves pour le justifier.


La police éclaboussée par une affaire de drogue: l’ONG Jamra demande au procureur de s’autosaisir

Nous n’aurions jamais pu imaginer un seul instant, depuis 30 ans que Jamra s’active dans la lutte contre la drogue, précisément dans le volet prévention, que la «maudite pieuvre» réussirait un jour à étendre ses tentacules jusqu’au sommet le plus insoupçonné de l’honorable corps qui est sensé veiller sur la sécurité des citoyens. A fortiori si la révélation en est faite par un haut gradé de la Police, ayant de surcroît eu à occuper la stratégique station de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis). Et l’opinion serait d’autant plus fondée à se morfondre dans son indignation que l’impitoyable réquisitoire du ci-devant patron de l’Ocrtis cible sans fioriture l’actuel Directeur général de la police nationale (Dgpn), qu’il suspecte, sans prendre de pincettes, de «collision avec les milieux de trafiquants de drogue» !

Assurément, ce gros lièvre qu’a levé le journal «Le Quotidien», dans son édition de ce mardi 16 juillet 2013, entretien dans la conscience collective une terrible désillusion, doublé d’un détestable climat de suspicion. Et prouve, s’il en était besoin, que notre pays est en grave danger ! Ainsi donc, de hautes autorités policières, sensées garantir notre sécurité, ne seraient que de vulgaires porteurs de valises de narco-criminels nigérians ! Et que ces derniers auraient même poussé le toupet jusqu’à s’impliquer, à leur façon, dans les passations de service, chaque fois qu’un nouveau patron de l’Ocrtis prend le relais de son collègue sortant : pas moins de 30 millions de nos francs, rien que pour lui souhaiter la bienvenue, avec à la clé un véritable abécédaire du rôle attendu d’un «super-flic-ripoux», à la solde de vulgaires trafiquants !

Et le rapport du Commissaire Cheikh Sadibou Keita de faire des révélations stupéfiantes sur des deals les plus invraisemblables dépeignant la prestigieuse Ocrtis en un détestable laboratoire de recyclage et de reconditionnement de cette abominable marchandise, dont l’Ocrtis est supposé protéger la société de ses méfaits. De la substitution de (vraies) boulettes de cocaïnes, naguère officiellement saisies, remplacées par d’autres (fausses) boulettes, fournies par les narcotrafiquants, et destinées à un simulacre d’incinération, à l’occasion de la célébration de la «Journée mondiale de Lutte contre la Drogue», consacrée chaque 26 juin par les Nations-Unies, au détournement d’importantes sommes d’argent fruits du trafic international de drogue, au détriment du Trésor publique, tout y passe. Si l’on en croit ledit rapport, l’Ocrtis en mettait donc plein la vue à l’opinion, à la Presse et aux Ong, qu’on conviait assidument aux cérémonies annuelles de calcination des saisies opérées durant l’année écoulée. Jamra, qui n’en a raté aucune, digérerait mal de n’avoir été utilisée que pour de la simple figuration, de n’avoir été qu’un simple «faire-valoir». Et dire qu’elle fut la première structure non-étatique à avoir réclamé à cors et à cris ces incinérations publiques, attestant de la destruction effective des drogues saisies. Mais Jamra était loin d’imaginer qu’après l’institution de ces séances publiques d’incinération, la «science» narco criminelle, jamais à court d’imagination, réussirait le coup de maître de les retourner à son profit, tout en permettant à ses complices galonnés de se faire des sous, et de tourner tout le monde en bourrique, en faisant croire à l’opinion nationale et internationale que le Sénégal menait une véritable croisade contre le trafic de drogue. Et ces centaines de kilos de chanvre indien, saisis la veille par l’Ocrtis, et dont le Commissaire Keïta révèle qu’une partie considérable était reversée le lendemain dans les besaces de dealers-détaillants, officiant dans les quartiers populaires ! Une abominable conspiration par-dessus de la tête du contribuable sénégalais, et contre l’Etat du Sénégal !

Ainsi, des narcotrafiquants sans scrupule, bénéficiant de solides complicités intérieures, poursuivant leurs activités criminelles hautement lucratives, continuaient effectivement de démanteler notre fragile économie, de ruiner la santé publique, tout en hypothéquant l’avenir de sa jeunesse, cible de prédilection de ces marchands de la mort. Un business cynique qui, tout en enrichissant une minorité véreuse et sans scrupule, aura poussé moult toxicomanes en état de « manque » à des actes de violence sanguinaire, aux fins de procurer leur « dose » ; conduit nombre d’adolescents à la démence, tout en constituant la sève nourricière du grand banditisme. Il n’est plus à démontrer comment les effets pervers de ce fléau des temps modernes constituent une sérieuse menace pour la sécurité publique, tout en minant les fondements même du développement économique et social.

Avec l’avènement de la loi 2007-31, dite « Loi Latif Guèye » (criminalisant le délit de trafic de drogue), nos honorables députés venaient assurément de rendre bonne justice aux veuves et orphelins des innombrables victimes de névrose psychédélique ou d’overdoses mortelles ; aux nombreux ménages en déliquescence, à l’actif de ces marchands de la mort. Mais voilà que les narco-criminels viennent ingénieusement de déjouer toutes les conjectures en larguant leurs missiles là où on l’imaginait le moins : dans les rangs d’un des plus nobles corps de notre République, et dont les éminents membres sont sensés nous protéger, en rendant la tâche ardue aux narco-criminels. Il n’empêche que ces derniers ont frappé et ont fait mouche, au centre vital et éminemment stratégique de la sécurité intérieur du pays.

On comprend mieux pourquoi le narcotrafiquant nigérian, le multimilliardaire John Obi, qui purgeait sept années de réclusion criminelle au Camp Pénal de Liberté 6, se permettait toutes les fantaisies dans ce lieu de privation de liberté, au point d’avoir provoqué une mini-mutinerie, en décembre 2009, tellement ses codétenus étaient ulcérés du traitement de faveur dont il bénéficiait de la part des autorités pénitentiaires du Camp. (Il sortait  nuitamment du camp, continuait à gérer son réseau de trafiquants à partir de son téléphone portable, et avait même poussé l’outrecuidance jusqu’à se faire carreler, à ses frais, sa cellule, avant de la doter de tout un attirail audiovisuel High-tech !). Les scandaleuses frasques de ce prisonnier de luxe, ont fini par contraindre le ministre de la Justice Grade des Sceaux de l’époque, Cheikh Tijane Sy, à le transférer à la Maison d’Arrêt de Saint-Louis, avant de limoger le Régisseur.

Le volumineux Rapport 2012 du Groupe Groupement intergouvernemental et d’action contre le blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), consacrant quelques paragraphes à quelques boulettes de drogues dures dénichées dans un bureau de la station balnéaire de Saly, feraient piètre figure face au rapport explosif du Commissaire Cheikh Sadibou Keita !

Dans sa volonté d’objectiver son credo de «Gouvernance vertueuse», l’autorité publique a mis un terme, la semaine dernière, au versement indu de quelque 2.378 salaires, «débusqués» dans le cadre de l’audit du fichier de la fonction publique. Les contribuables sénégalais, après s’en être légitimement félicités, sont en droit de ne pas en attendre moins, relativement à ce terrible mal qui gangrène notre Police. Il ne s’agit pas de se réfugier derrière des arguments simplistes, du genre : «c’est une guerre fratricide entre responsables de la police» (dixit le ministre de l’Intérieur le Général Pathé Seck). Les faits sont suffisamment graves, et mettent en péril la sécurité même du pays, pour le Procureur se doive de monter en première ligne, en s’autosaisissant, sans délais, de ce ténébreux dossier.

Que le procureur tranquillise les esprits, à l’heure surtout où l’actualité grouille d’allégations de présumés biens mal-acquis. A fortiori si de grosses fortunes se sont construites au préjudice de la santé publique, de l’équilibre familiale et de l’économie nationale, indépendamment des incommensurables dégâts infligés au segment social le plus fragile, que constituent les jeunes citoyens, dont les carrières professionnelles ou universitaires de nombre d’entre-eux ont été sacrifiées sur l’autel de ce profit amoral et facile.

Il est évident que le monde nous regarde. Interpole surtout, dont la Police sénégalaise est un partenaire de longue date. La lutte contre la corruption et le blanchiment de l’argent sale sont mis à rude épreuve, avec cette inquiétante affaire soulevée par le Commissaire Keïta, et dont de présumée complices seraient nichés au cœur de l’appareil de la Police. Les Usa seront forcément intéressés de la suite que le Sénégal compte réserver à ce scandale, d’autant que le président Obama a redit récemment toute la détermination des Etats-Unis a redoubler d’ardeur dans la lutte contre le blanchiment de l’argent sale avec son corollaire qu’est le financement du terrorisme. Particulièrement depuis que le plus grand producteur mondial de cocaïne, la Colombie, a cessé d’être contrôlé par des cartels classiques de narcotrafiquants, auxquels se sont substituées de nouvelles bandes criminelles, héritières des paramilitaires sud-américains.

 

Dakar, le 16 juillet 2013

Imam Massamba Diop

Président exécutif de Jamra



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