Ibrahima Sène, une victime du régime de Wade


Rédigé le Lundi 3 Mars 2014 à 12:55 | Lu 294 fois | 0 commentaire(s)



Ibrahima Sène, une victime du régime de Wade
 
Ingénieur agronome à la retraite, Ibrahima Sène n’a pas encore oublié les conditions dans lesquelles l’Alternance l’a mis au placard. « Rebelle » dès le bas âge, l’homme a très peu changé ; ce qui n’était pas forcément du goût du Pape du Sopi. Après avoir combattu le régime Wade, il a pour ambition aujourd’hui de montrer le chemin (s’il faut le dire ainsi) au « Yonnu Yokuté ». Retour sur le parcours d’un « dur » du PIT.
Ibrahima Sène
Ibrahima Sène est un ingénieur agronome à la retraite. Je suis né à Saint-Louis, à Guet ndar, le 1er mai 1946. J’ai grandi à Méké où mon père était employé durant la traite des arachides au Pont bascule (un service qui relève de la direction du contrôle économique, du contrôle des poids et mesures). C’est là où j’ai fait l’école primaire avant d’aller au lycée de Thiès où j’étais interne jusqu’en classe de première. En 1966, je suis allé à Kaolack pour faire la terminale, parce que j’ai été renvoyé de l’internat de Thiès pour indiscipline. Des proches m’avaient conseillé de ne pas faire la terminale à Thiès puisque j’étais à couteau-tiré avec l’administration. J’ai donc obtenu mon bac 1967 en science expérimentale à Kaolack.

Etudes supérieures
Après le bac (1967-68), je suis allé en Union soviétique (URSS) avec une bourse de  l’État du Sénégal pour étudier l’agronomie. Je suis resté à l’Académie des Sciences Agricoles de Moscou jusqu’en 1973, année à laquelle j’ai terminé mes études avec un master en agrochimie et pédologie, spécialisé en fertilisation agricole.  

Parcours professionnel
Après les études, le 5 juin 1973, je suis rentré au Sénégal au pays avec ma femme, également ingénieure agronome. Nous avons fait les formalités d’usage pour être engagés dans la fonction publique. Nous étions quatre Sénégalais, à l’époque la première promotion d’ingénieurs agronomes envoyés en Russie par l’État sénégalais. À notre retour, le problème de l’équivalence des diplômes s’est posé, mais après études approfondies de nos dossiers pendant trois à quatre mois, nous avons été classés au même titre que les autres ingénieurs sortis des écoles de France. Ma femme et moi avions commencé par un stage dans des projets de développement. Nous avons fait un an (1973-74) de stage à Kolda dans le Projet intégré de développement agricole de la Casamance (Pidac). C’est à l’issue de ce stage que nous avons été tous les deux recrutés à l’ISRA (Institut sénégalais de recherche agricole). Nous y étions de 1975 à 1976. Quand j’ai obtenu une bourse pour aller étudier l’économie agricole aux Etats-Unis, j’y suis allé avec ma femme en 1977. Nous y sommes restés jusqu’en 1980, année à laquelle j’ai obtenu un master en agroéconomie.  De retour au Sénégal, nous avons été recrutés à l’Administration du développement agricole et affecté à l’inspection régionale de l’agriculture. Moi, comme inspecteur régional, ma femme comme responsable de statistiques agricoles à Kaolack jusqu’en 1986. J’ai eu quelques problèmes politiques avec le parrain de Kaolack, à l’époque Abdoulaye Diack, le grand boss du parti socialiste qui ne pouvait pas accepté de voir un opposant (membre du PIT) à la tête de la région. Il a ainsi actionné la jeunesse socialiste qui avait pris des résolutions pour mon départ de Kaolack. J’ai été affecté à Thiès toujours comme inspecteur régional de l’agriculture en 1987. En 1990, le ministre de l’agriculture m’a nommé Directeur du service semencier à Dakar. Fonction que j’ai exercée jusqu’en 1996 avant de devenir conseiller technique chargé de politiques agricoles.

Politique
Je suis venu à la politique comme tous les jeunes de mon âge à travers le mouvement élève à Thiès en 1964. C’est un de nos doyens qui m’a initié au PAI (Parti africain de l’indépendance) qui était dans la clandestinité. J’y suis resté depuis lors. Je précise toutefois que ce n’est pas le PAI qui m’a envoyé étudier en URSS ; je suis parti avec une bourse de l’État du Sénégal. J’ai évolué dans les instances dirigeantes du PIT où j’ai été membre du comité central, puis membre du bureau politique, ensuite membre du secrétariat. Je suis actuellement chargé des questions économiques et sociales et du monde rural.  
En 2000, avec l’alternance, c’est un parcours politique qui a commencé. Je suis devenu Directeur de cabinet de Amath Dansokho, ministre de l’urbanisme. En novembre 2000, Abdoulaye Wade nous a virés du gouvernement, parce que nous n’étions pas d’accord avec lui sur le projet de Constitution qu’il soumettait au pays. En 2001, figurez-vous, le gouvernement de Wade m’a mis à la retraite alors que je venais d’avoir 55 ans. Or, de part nos luttes dans le mouvement syndical, nous étions parvenus à décrocher en 2000 avec Abdoulaye Wade de porter la retraite des fonctionnaires à 60 ans. En 2001 il (Wade) n’avait pas encore promulgué le décret et quand j’ai demandé d’être prolongé jusqu’à 60 ans parce que la loi était déjà voté, ma demande a été rejetée. Donc je suis parti à la retraite à 55 ans alors que tous mes autres collègues ont pris leur retraite à 60 ans ; ils ont tous eux la prolongation qui m’a été refusée. 
      
Syndicalisme
Quand je suis revenu des Etats-Unis en 1980, j’ai intégré l’Amicale des ingénieurs et techniciens du Sénégal qui est devenue par la suite Syndicat démocratique des techniciens du Sénégal. J’ai eu à exercer les fonctions de Secrétaire général de ce syndicat de 1986 à 1999. Ce syndicat est membre constitutif de la Confédération des syndicats autonomes (CSA) où j’étais Secrétaire général adjoint et au décès du Secrétaire général, j’ai exercé la fonction de Secrétaire général jusqu’en 2005. J’ai décidé alors de consacrer plus de temps aux questions politiques qu’aux questions syndicales parce que c’était difficile d’être au premier plan à ces deux niveaux. Wade voyait toujours en moi l’homme politique derrière le syndicat et cela bloquait inutilement le syndicat. Je suis donc allé là où il (Wade) pouvait me créer moins de problèmes et là où je pouvais lui en créer plus.

Aujourd’hui
Aujourd’hui je fais des consultations quand je parviens à gagner des marchés. Quand on est consultant freelance tout dépend des opportunités. Je reconnais que des opportunités dans le marché du Sénégal, je n’en ai pas eu à cause du régime Wade ; ils m’ont refusé une prolongation, comment voulez vous qu’ils me donnent des marchés ? Mais, heureusement, dans la sous-région je parvenais à gagner des marchés. Le régime est maintenant tombé et j’espère pouvoir gagner des marchés comme tous les Sénégalais. Aujourd’hui, mes projets sont politiques. Après avoir consacré beaucoup de temps à combattre le régime Wade, le projet est maintenant de faire en sorte que ce qui a été promis aux Sénégalais soit réalisé.

Vie de famille
Je suis marié, père de trois enfants. J’ai épousé une soviétique lorsque j’étudiais et nous avons eu notre première fille, Oumy Sène, en URSS en 1972, un an avant la fin de mes études. Ma femme aussi est ingénieure agronome ; nous étions dans la même faculté. Notre deuxième fille, Léna Sène, est née à Washington quand j’y étais pour mon master en agroéconomie. Nous avons eu notre troisième enfant, Maxime, à Kaolock. J’ai une femme qui m’a beaucoup aidé, parce que ce n’est pas évident de mener une vie professionnelle, politique, syndicale en même temps qu’une vie de famille. Aujourd’hui, je peux dire, avec fierté, que mes enfants ont réussi dans leur vie. Ma fille ainée est spécialiste en marketing et ingénierie financière. Sa sœur Léna aussi a fait de brillantes études ; après son bachelor aux Etats-Unis, elle a été recrutée par DP Morgan Bank. Elle a ensuite fait Harvard avant de faire un stage à la Maison Blanche. Mon fils, Maxime, est ingénieur de son, directeur technique de la radio Nostalgie. Donc je dis machallah. 

Archipo



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