Hissène Habré : portrait d’un dictateur rattrapé par ses crimes, 20 ans après sa chute


Rédigé le Samedi 22 Mars 2014 à 03:47 | Lu 188 fois | 0 commentaire(s)



Hissène Habré est l’exemple parfait du dictateur africain. Issu d’un milieu modeste, il assouvira un jour sa passion pour le pouvoir, en le prenant par les armes. Puis il exercera huit années de dictature sanguinaire avant sa chute. Portrait
Hisséne Habré est un fils d’éleveur qui a grandi dans le désert du Djourab. Il est né en 1942 dans le nord tchadien. Plus précisément à Faya-Largeau. On le qualifiait de garçon «intelligent». Il a étudié en France, à l’Institut des Hautes Etudes d’Outre-mer. Puis s’est inscrit à l’Institut de Hautes Etudes Politiques (Sciences Po) pour étudier le droit. Passionné de littérature politique engagée et militante, ses auteurs préférés étaient Raymond Aron ou encore Frantz Fanon. Son idole était Ché Guevara.
Du Frolinat au Gunt
Hissène Habré avait plusieurs surnoms de guerre : «combattant du désert», ou encore «chef de guerre»…. Quand il prit la tête du Front de Libération Nationale du Tchad (Frolinat) en 1972, il était dans le maquis. Puis il s’associera avec Goukouni Weddeye, un autre nordiste pour fonder le Conseil de l’Armée du Nord. Puis viendra la reconnaissance internationale. Alors qu’il est dans le maquis, il prend en otage trois ans durant, l’ethnologue française, Françoise Claustre. La France devra négocier avec lui pour obtenir sa libération. Quelques mois plus tard, le voici nommé Premier Ministre de Félix Malloum puis ministre de la Défense au sein du Gouvernement d’Union Nationale (Gunt) de Goukouni Weddeye. C’était en 1979. Mais quelques mois plus tard, Hissène Habré, quittera le Gunt et son ami Goukouni Weddeye, le protégé du colonel Kadhafi qu’il déteste profondément. Dans la foulée, il déclenche une guerre civile. Nous sommes en 1980.
Un dictateur sanguinaire qu’a soutenu la France contre Kadhafi
C’est depuis la région de l’Est qu’il combattra le régime de Goukouni jusqu’à son retour triomphal en 1982 à N’Djaména. Kadhafi soutiendra Goukouni Weddeye contre Hissène Habré, épaulé par les forces françaises et zaïroises. Mais sa victoire ne sera que d’une courte durée. La guerre reprendra entre 1986 et 1987. Son régime sera l’un des plus répressifs que connaîtra le Tchad jusqu’en 1990. Les organisations de droits de l’homme ont estimé à 40.000, dont 4.000 formellement identifiées, le nombre de personnes ayant souffert ou péri sous la dictature d’Hissène Habré. Arrestations arbitraires, tortures, exécutions sommaires d’opposants… Le pouvoir de Habré avait des méthodes dignes de celles de la gestapo.
En 1990 donc, Hissène Habré prendra la poudre d’escampettes, chassé par les hommes d’Idriss Deby. L’un de ses anciens généraux qui lui a tourné le dos, plusieurs mois avant. Déby a préparé et mené sa rébellion à partir du Soudan voisin. L’image que l’Afrique garde d’Hissène Habré, c’est plus l’image effroyable d’un dictateur sanguinaire que d’un nationaliste qui aime la littérature de Frantz Fanon ou la poésie de Raymond Aron.