De Rebeuss à Monaco: Zoom sur Lamine Diack


Rédigé le Vendredi 16 Août 2013 à 04:24 | Lu 246 fois | 0 commentaire(s)



"Comment un Africain noir est-il parvenu à diriger une aussi grande instance sportive mondiale que l’IAAF ?" Lamine Diack a souvent été interpellé par une telle question. Mais, sa réponse a toujours été simple: «C’est une longue histoire. Je ne peux pas vous la raconter ici et maintenant. Mais retenez que je suis ici, c’est parce que je suis allé en mission».


Une mission qu’il a su mener. Pleinement. Tout semble débuter avec le refus de boycotter les Jeux Olympiques de Montréal au Québec (au Canada, du 17 juillet au 1er août 1976).

 

Alors que la majorité des pays africains ont engagé le boycott en raison de la présence de la Nouvelle-Zélande, Lamine Diack fait maintenir le Sénégal. Boycotter des JO parce que la Nouvelle-Zélande a livré un match de rugby avec l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : un argument jugé «fallacieux» ?

1980, bis répétita ! Diack plaide pour que le Sénégal s’envole pour Moscou qui abrite les JO de 1980 (19 juillet au 3 août). Ces Olympiades aussi, sont marquées par le boycott d'une cinquantaine de nations (dont les États-Unis) suite à l'invasion de l'Afghanistan par l'Union Soviétique en 1979.

 

L’explication est peut-être à rechercher dans cette phrase qu’il a sortie, mercredi dernier, lors d’une rencontre avec la délégation sénégalaise à l’hôtel Radisson Royal. «Nous n’avons jamais été un nègre de service d’un blanc», confiait-il avec fierté.

La règle «un pays, une voix» porte aussi l’empreinte de Lamine Diack. «Il s’agissait de se battre pour faire accepter une meilleure représentation du continent africain et l’adoption d’une démocratie pleine et entière», révèle-t-il. L’IAAF était alors dominée par l’Europe qui disposait de 10 voix sur les 15.

 

Arrivé à la tête de l’IAAF suite au décès de Primo Nebiolo en 1999, Lamine Diack poursuit les réformes pour universaliser l’athlétisme. Exit alors la Golden League qui laisse la place à la Diamond League embrassant désormais l’Europe mais aussi l’Asie, le Moyen-Orient et l’Amérique. L’Afrique reste en embuscade avec le Maroc. Les meetings de Dakar et de Rabat intègrent le circuit World Challenge. Sans occulter le Kid’s athletic, un projet qui lui est cher afin de faire retourner l’athlétisme à l’école.


Il a tenu tête à Wade

Le président Lamine Diack est également connu pour son courage et sa fidélité en amitié. Lors des Assises nationales, il s’illustre en étant l’un des plus grands bailleurs. Il aurait contribué à hauteur de 30 millions de francs cfa, selon certaines indiscrétions.

 

Quand certains voyaient en lui un candidat de la transition (3 ans) juste pour remettre le Sénégal sur les rails, il se dit prêt à répondre à l’appel de la Nation. «Je suis prêt à écourter mon mandat à l’IAAF, si le Sénégal a besoin de moi», confiait-il à Sud Quotidien en 2011, à Daegu, en Corée du Sud.

C’est avec cette même détermination qu'il tiendra tête à l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, dans la fameuse affaire dite du stade Assane Diouf.

 

Auteur de la réforme sportive qui porte son nom, Lamine Diack demande aujourd’hui à la nouvelle génération de s’engager davantage. «Il y a des risques à prendre et peut-être des coups. J’en ai pris. Mais je ne regrette rien. Et si je suis là, c’est parce que j’ai refusé de laisser tomber le sport», souligne-t-il.

 

30 ans à la tête de la Confédération africaine d’athlétisme (CAA) de 1973 à 2003 ; président du Comité national olympique et sportif sénégalais CNOSS, de 1985 à 2002, président de l’IAAF depuis 2001, membre du CIO depuis 2001, Lamine Diack a marqué d’une empreinte indélébile le sport sénégalais, africain et mondial.

 

Ses amis quant à eux, retiennent de lui un grand dirigeant. Pierre Wiliams, ancien directeur de département à la BAD, champion et recordman de France de triple saut, trouve en lui un seul défaut : celui «d’être trop honnête». «C’est un homme affable, courtois, sympathique, ouvert et fidèle en amitié», confie père Williams.

 

Babacar Fall «Erea» ira plus loin. «C’est Lamine Diack qui m’a fabriqué de toute pièce. Il m’a tout donné», confie-t-il. Quant à Mamadou Fadiga, son ancien directeur de cabinet quand le président Diack était ministre des Sports, il fait remarquer que l’ancien maire de Dakar a su maintenir de bons rapports avec ses amis d’enfance, du lycée, de l’Université, mais aussi du monde sportif.

 

Reste maintenant à savoir si un homme d’une telle dimension a le droit de rester cloitrer dans son Rocking-chair ou son hamac, après son départ de l’IAAF en 2015, dans un pays où la jeunesse est en perte de repères . Amadou Makhtar Mbow ne l’a pas pu. Lamine Diack ne devrait pas le pouvoir non plus !




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