DOUG E TEE, ARTISTE RAPPEUR : « Malheureusement, aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de sponsoriser un « Tiakhagoune » que de sponsoriser un message citoyen »


Rédigé le Vendredi 23 Novembre 2012 à 13:43 | Lu 224 fois | 0 commentaire(s)



DOUG E TEE, ARTISTE RAPPEUR : « Malheureusement, aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de sponsoriser un « Tiakhagoune » que de sponsoriser un message citoyen »

Avant-hier mercredi 21 novembre vers les abords de 14 heures passées, votre fidèle serviteur a foulé le domicile du « King » sis à Liberté VI, à l’improviste. Même pas un coup de fil ni à le moindre message pour l’aviser, Doug E tee a quand même eu l’amabilité d’accueillir votre serviteur dans son salon. Dans cet entretien, l’homme nous parle de sa récente visite au pays de l’Oncle Sam, de la piraterie, de la nouvelle génération…Entretien.

Doug E tee se fait un peu rare, parait-il que vous étiez aux Etats Unis dernièrement ?

En fait, je suis revenu il y a plusieurs mois maintenant. J’étais là-bas parce que j’enregistrais de nouvelles chansons, de nouvelles productions avec des producteurs et amis américains, qui sont intéressés par mon boulot.

Comme qui ?

Y a J Shot qui est à Miami, Montana qui est à Memphis, Dj view qui vit à Atlanta…entre autres amis qui sont dans le monde de la production  musicale américaine. Eh bien, voilà je travaille avec ces gens-là. Il y a également Brett Under qui est établi à Alabama…et cetera. On ne peut pas tous les citer.

Votre dernier album est sorti, il y a de cela plus d’un an. Y a-t-il eu de la satisfaction de la part de Doug E tee au niveau des ventes ?

Non, au niveau des ventes, ce n’est pas vraiment ça quoi .C’est comme si vous étiez là, il y a quelques minutes. Je viens de terminer une discussion avec un distributeur. Au niveau des ventes, ca ne suit pas. On a beau faire de la promo. Je crois que c’est à cause de la crise, les gens n’ont plus d’argent. Mais aussi, avant tout les gens n’ont pas cette culture d’aller acheter un album. Il existe une faible minorité vraiment qui va acheter l’album, qui consomme, qui suit l’artiste, qui va au concert, qui paye…Mais la majorité du public ne le fait pas. C’est une mauvaise habitude, ce n’est pas bon pour nous, ce n’est pas bon pour eux aussi. Parce que si nous, nous nous n’en sortons pas, nous n’allons pas continuer à sortir des albums comme ça à perte. Pour qu’on puisse sortir un album, il faut que celui qui est sur le marché soit bien vendu,  qu’on puisse récupérer ce qu’on a investi la dans ; et avoir des bénéfices pour pouvoir investir dans un autre album. Mais, si ce n’est pas le cas, on ne peut pas sortir d’autres albums, parce que si non, ca serait du suicide économique.

Et les gens vous disent chaque fois : « à quand le prochain album ? ». Il faut soutenir les artistes d’abord. Il faut aussi qu’on nous paye nos droits d’auteurs, il faut que les télévisions, les radios, les boites de nuits…Partout où l’on diffuse nos productions, il faut qu’ils payent. Les gens qui utilisent nos productions dans des séries télé, des théâtres…il faut qu’ils payent. Mais malheureusement, au Sénégal, les gens ne payent pas. C’est ça le problème.

Et à votre humble avis, c’est quoi la solution drastique ?

Il faudrait que les gens chargés de ça, le BSDA en collaboration avec les artistes, notre Ministère de tutelle, en somme qu’on travaille ensemble. Qu’on aille vers ces gens là qui refusent de payer. Parce que nous on paye nos hologrammes, on paye des taxes quand on joue, des TVA…Pour tout cela, on paye, et pourquoi nous, on ne nous paye pas en retour ? C’est injuste, c’est injuste ! Et même au niveau du BSDA pour se faire payer, c’est tout un problème.

La seule solution, c’est que ces gens qui refusent de payer, ce qu’ils font c’est un crime. Alors qu’ils soient jugés, qu’ils soient poursuivis. Si on en poursuit deux, et qu’ils soient bien corrigés ; les autres vont commencer à payer.

De nos jours, on constate que le net est un grand tremplin pour la musique et l’art en général. D’ailleurs, un grand nombre de jeunes artistes comme Canabasse, PPS…se sont fait connaitre grâce au net. Bien, est-ce que Doug E tee est en train d’élaborer un plan pour sa promo à travers la toile ?

Oui, oui ! Au fait,  on est en train de travailler sur une formule beaucoup plus élargie. Je travaille la dessus avec des professionnels.Ca prend le temps que ca prend, parce qu’on n’est pas pressé. On veut vraiment faire quelque chose de bien. On ne veut pas entrer en ligne juste comme ça sans qu’il n’y ait rien d’attractif. Quand même, il faut qu’il y ait quelque chose de différent. Voilà, on est en train de travailler sur un plan pour le territoire de l’Afrique et pour le reste du monde.

Actuellement qu’est-ce que Doug E tee prépare pour l’année 2013 ?

On est en train de travailler sur une formule qui va nous permettre de faire beaucoup de tournées, surtout au niveau des régions. Au Sénégal, i l y en beaucoup qui se plaignent. Mais vous savez, on irait partout si on pouvait réellement. Aujourd’hui, tout le monde se plaint qu’il  n’y a plus assez de concerts de rap au Sénégal. Et ça c’est la vérité. Mais pourquoi ? C’est le même phénomène qui revient, c'est-à-dire que même quand on fait des concerts les gens ne s’en sortent pas vraiment. Les gens ne veulent pas payer le ticket, tout le monde vous demande un ticket, y a les trafiquants de ticket, pas assez de sécurité. Et les gens qui peuvent nous accompagner, les sponsors qui en ont les moyens, apparemment, je ne dirais pas que c’est de leur faute, mais ils pourraient au moins aider. Ainsi, l’industrie du hip hop  va se relever. Mais, ils ne font pas, peut être que ca ne leur intéresse plus. Par contre, ils ne peuvent en aucun cas, dire que le talent n’est plus là. Il y a beaucoup de jeunes, des vétérans…qui ont énormément de talents et qui ont des messages positifs. Malheureusement, aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de sponsoriser un « Tiakhagoune » que de sponsoriser un message citoyen.

Pour cette année 2012, beaucoup de jeunes talents se sont révélés, comme Bril, Canabasse, PPS, Rosso…Eh bien, qui sont les jeunes qui vous ont tapé à l’œil ?

Je ne vais pas dire de noms, sinon ça serait du favoritisme. Mais quand même, j’en ai repérer qui sont bons. Par contre, il y en a d’autres honnêtement, je préfère qu’ils retournent travailler, parce qu’ils ne font que de la photocopie. C’est des photocopieurs. Et je le dis pour leur bien. Donc, qu’ils ne se sentent pas vexer. C’est pourquoi, je n’ai pas voulu donner de noms. Je n’aime pas me faire des ennemis. Mais, ils se reconnaitront. Soyez vous-même ou trouvez votre style, votre voix, n’imitez pas la voix de telle ou telle personne. Vous êtes des sénégalais, vous avez ce potentiel artistique qui est là, vous êtes polyglottes, vous pouvez chanter dans toutes les langues que vous voulez. Gardez votre identité !

Entretien réalisé par DRAME Djibril

peuplesenegalais.net





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