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C'est la fin d'un vieux modèle, il y a un rééquilibrage mondial au profit du Sud


Rédigé le Mercredi 19 Juin 2013 à 10:45 | Lu 29 fois | 0 commentaire(s)


Le clivage Nord-Sud a pris un sacré coup de vieux. L'essor des classes moyennes dans les pays en développement a marqué la dernière décennie. En stagnation ou en déclin en Occident, les classes moyennes émergent en Afrique, en Amérique Latine et en Asie. Elles se présentent comme les consommateurs les plus attractifs et font rêver les entreprises. En Afrique, on estime que les classes moyennes atteindront le chiffre de 600 millions en 2050, plus que la population européenne. En Asie Pacifique, cette même catégorie passera d'un demi-milliard à 3,2 milliards en 2030.


C'est la fin d'un vieux modèle, il y a un rééquilibrage mondial au profit du Sud
Cette mutation marque que la domination économique du Nord est révolue. Une quarantaine de pays ont fait même mieux et plus vite que prévu ces dernières décennies, prouvant que des politiques bien conçues et mises en œuvre peuvent être conduites pour favoriser l'émergence de classes moyennes, moteur essentiel de développement. La Chine, le Ghana ou encore la Thaïlande sont parmi les pays qui ont le mieux progressé.
La transformation du monde a été si rapide qu’elle a pris de vitesse notre capacité d’en rendre compte. Pour preuve, « le Chili est passé devant le Portugal en termes de développement humain et les Angolais rachètent des entreprises à Lisbonne.»  La Turquie, par exemple, a ainsi développé un système de santé pour tous quand le Brésil a opté pour une péréquation des fonds publics qui harmonise les financements des écoles entre les différentes régions et municipalités.
De même, le Mexique est parvenu à réduire la pauvreté grâce à son programme « Oportunidades», qui verse des aides financières aux familles à condition qu'elles inscrivent leurs enfants à l'école, les fassent vacciner ou examiner régulièrement par un médecin. Un peu moins d'une vingtaine de pays ont eu des initiatives similaires. Sur le continent Africain sur 54 pays dix réalisent 75% du PIB du continent. Des hubs se forment comme au Nigeria, avec ses 170 millions d'habitants, au  Kenya, porte pour l'Afrique orientale et même en Égypte malgré les aléas politiques.
Le phénomène n'en est pourtant qu'à ses débuts et devrait s'accélérer au cours des vingt prochaines années. Selon les projections de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la population des classes moyennes passera de 2 milliards en 2009 à près de 5 milliards en 2030 sur une population mondiale estimée à 8 milliards d'individus.
Les définitions relatives aux classes moyennes sont innombrables. La définition par le revenu – celle  des Nations Unies retient un revenu quotidien de 10 à 100 dollars - pêche par son imprécision et par les aléas des statistiques officielles. Une appréciation de leur comportement comme variable déterminante offre-t-elle une plus grande prise sur le groupe? 
Disposant de revenus  appréciables, elles ne se contentent plus du strict minimum, elles éduquent leurs enfants. Populations citadines et éduquées, les femmes se marient plus tard, travaillent et s'émancipent culturellement et socialement. Une mutation qui participe à l’accélération de la transition démographique. Le cabinet McKinsey a estimé que les pays émergents représenteraient d'ici à 2025 une consommation annuelle de 30000 milliards de dollars.
Cette révolution n’a pas que des conséquences matérielles. Le psychologue américain Abraham H. Maslow  avait décrit qu'une fois les besoins de survie (faim, soif) satisfaits, les individus élèvent leurs exigences (logement, sécurité), avant de se tourner vers les besoins sociaux, les besoins psychologiques et, pour finir, les besoins d'auto-accomplissement. Les pays qui tirent désormais la croissance mondiale, en profitent d'ailleurs pour mettre sur la table la question épineuse de leur place dans la gouvernance mondiale. Ils réclament avec véhémence celle qui devrait leur revenir dans les institutions internationales.
L’élargissement des classes moyennes favorise également le jeu démocratique. En effet, les  nouvelles classes moyennes réclament des réformes politiques et administratives en profondeur qui leur ouvriraient une plus grande participation politique et économique. La vraie démocratie ne se résume plus au respect des formes. Elle implique davantage que la participation résignée à des rituels électoraux sans conséquence. La nouvelle classe moyenne mondialisée réclame une éducation populaire, une culture politique, la nécessité de rendre des comptes, de révoquer les élus qui trahissent leur mandat, le respect de la dignité et des droits et devoirs des citoyens.
Les «printemps arabes» contre des pouvoirs prédateurs, les manifestations anti-fraude en Russie, les spectaculaires protestations en Inde et en Afrique du Sud contre le viol, les mobilisations sur les réseaux sociaux chinois contre la pollution ou la corruption, sont les expressions manifestes multiples des insatisfactions de ces nouvelles classes.
Toutes ces manifestations, dans leur diversité, se fondent sur la même intuition: la puissance des mutations en cours prépare un changement d'une ampleur inégalée depuis les révolutions politiques et économiques de la fin du XVIIIe siècle. Elles esquissent un tournant à la fois dramatique et exaltant dans l'histoire de l'humanité. « Le vieux modèle, où les économies émergentes devaient juste copier et adapter les meilleures pratiques des économies développées, n'a plus cours ».
La formation des élites nationales doit s'appuyer sur l'analyse interdisciplinaire des contextes locaux et une «réappropriation des gains de l’intelligence humaine».  A tous ces états se pose le double défi de prendre en charge les plus vulnérables tout en épaulant les classes moyennes: toute politique sociale forte soutient les deux, les opposer, serait «faire le lit du populisme» et entraver le progrès.
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