Bilan de parcours : 10 idées-clés pour comprendre la gouvernance Macky Sall (© Gawlo.net)


Rédigé le Dimanche 9 Février 2014 à 21:42 | Lu 64 fois | 2 commentaire(s)



(© Gawlo.net) Deux ans après son accession au pouvoir, on ne peut pas dire que l’action de Macky Sall incline à entonner le chant de la victoire. Voici dix idées pour mesurer le chemin parcouru.
  1. 1.    Rupture
C’est un président revêtu des oripeaux de la « rupture », pour ne pas dire de la « normalité » (clin d’œil à son homologue français » qui a été élu le 25 mars 2012 par une écrasante majorité des Sénégalais. Surdosés au wadisme « bruyant » et « arrogant » durant douze années de règne libéral, les Sénégalais ont cédé aux sirènes de la rupture promise par Macky Sall : séparation effective des pouvoirs, institutions modestes, gestion vertueuse des deniers publics, distribution équitable des ressources, Etat sobre, etc. Le constat, après une année d’exercice du pouvoir, est moins enchanteur que le livre des promesses du nouveau président.
La transhumance est encore au cœur de la politique (le cas Kalidou Diallo qui a rallié l’Apr contre une promesse de portefeuille ministériel est éloquent), le népotisme est le compagnon quotidien de l’omniprésente première Dame Marième Faye Sall et la politique, comme toujours, est l’activité principale des nouvelles autorités, au détriment des urgences sociales qui demeurent en l’état.
 
  1. 2.    Ethique
Dans le projet de société vendu aux Sénégalais en février-mars 2012 par les thuriféraires du « Yoonu Yokute », l’éthique est la valeur or de la nouvelle démarche promise par Macky Sall. Mais la musique des mots confrontée à la réalité du terrain ne sonne pas de manière agréable à l’oreille. Le hiatus s’observe tous les jours. La traque des biens mal acquis a donné la pleine mesure de l’absence d’éthique de nos nouveaux dirigeants : manipulation de la presse, divulgation du secret de l’instruction, charges virulentes contre les responsables du Pds…
Que dire des marchés de gré à gré qui ont explosé sous le nouveau régime. « Macky fait monter en flèche les gré-à-gré et diminue de 22% la commande publique », écrit le Populaire dans son édition de ce jeudi 21 mars 2013. Le journal qui cite le rapport 2012 de la Direction centrale des marchés publics de constater « une baisse de 6% de la commande publique en 2012 chiffrée à 478,5 milliards de Francs et une hausse des gré-à-gré, qui ont dépassé le niveau réglementaire de 20% durant le début du règne du président Macky Sall ».
 
  1. 3.    Tâtonnements
Les premiers jours de Macky Sall à la tête du Sénégal n’ont pas été un modèle de maîtrise. Mbaye Ndiaye, ministre de l’Intérieur issu de l’Apr n’a pas laissé des souvenirs impérissables. Alioune Badara Cissé, le premier ministre des Affaires étrangères a été vilipendé par les siens et viré par le chef de l’Etat qui, depuis, essaie de recoller les morceaux. D’autres caciques de l’Apr comme Mor Ngom, Aly Koto Ndiaye ou encore Abdou Lô sont passés au gouvernement en coup de vent, avant de s’effacer au profit de figures issues de la société civile. Les réglages sont-ils, pour autant, terminés ? La seconde année de Macky nous dira s’il maîtrise mieux son sujet.
 
  1. 4.    Solidarité
Les bonnes intentions ne manquent pas dans ce domaine. Avec l’octroi d’une bourse annuelle de 100 000 francs à 50 000 foyers démunis, pour un montant global de 5 milliards de nos francs. La mesure est salutaire, même si elle n’est toujours pas effective. Ce qu’on ne dit pas vraiment, c’est que cette mesure n’allègera pas vraiment les difficultés de ces familles. 100 000 francs annuels, c’est un peu mois de 8500 francs par mois, même pas le prix d’un sac de riz bas de gamme. Mais c’est mieux que rien. A cela, il faudra, sans doute, ajouter la couverture maladie universelle (pas encore effective), l’achat d’aliment de bétail pour le monde rural, les logements sociaux annoncés…
 
  1. 5.    Sobriété
C’est le maître-mot de la gouvernance Macky Sall qui a affiché une volonté de préserver une vie privée de président « sobre » en matière de logement, de déplacements et de style de vie. Il faut croire que les fleurs ne sont pas à la hauteur des promesses. Ses allers-retours entre Mermoz et le palais de la République ont passablement indisposé les Dakarois durant de longs mois, les images de sa femme diffusées sur la Rts dès le jour sa prestation de serment en ménagère imbue de valeurs ancestrales et sa commande de 4X4 blindés pour sa sécurité ont démenti son désir de sobriété. La rationalisation de la facture téléphonique de l’Etat et la dépolitisation en cours de l’espace présidentiel sont, cependant, de bons points dans l’escarcelle du quatrième président de la République du Sénégal.
 
  1. 6.    Efficacité
L’efficacité dans le jargon des nouveaux dirigeants, ce sont des investissements plus ciblés, avec plus d’impact sur le vécu des Sénégalais, une meilleure maîtrise des flux financiers, une rationalisation des dépenses publiques et des projets plus « réalistes ». Cela se traduit par un allègement des portefeuilles ministériels, la limitation de leur nombre, la suppression de certaines agences et directions nationales, etc. Le hic, ce qu’on a gagné en réduisant le nombre de ministres, on l’a gaspillé en nommant à la pelle des ministres-conseillers du président de la République. L’efficacité s’accommode très mal de la démagogie.
 
  1. 7.    Postes
Jamais le partage du gâteau n’a été aussi problématique que sous Macky Sall. Au début, il y avait l’Apr, tout seul. Vint ensuite la coalition Macky2012, une cinquantaine de partis politiques et mouvements citoyens qui a obtenu 26 % des suffrages au premier tour de la présidentielle. Enfin, la coalition Bennoo Bokk Yakaar qui a permis à Macky Sall de remporter le deuxième tour avec 65 % des voix. Douloureux casse-tête. Il fallait donc donner des postes à l’Apr, aux membres de Macky 2012 et, forcément, à Bennoo Bokk Yakaar. Les parts les plus succulents du gâteau (Primature et Présidence de l’Assemblée nationale) sont allés à un apolitique et à un leader politique concurrent (Niasse), malgré les tirs de semonce de Moustapha Cissé Lô « El pistolero ». Les grandes gueules de la République (Latif Coulibaly, Alioune Tine, Jacques Habib Sy, Abdoul Aziz Diop, Penda Mbow…) ont été servis au détriment des premiers compagnons. Normal que Jean-Paul Dias et compagnie aient les boules.
 
  1. 8.    Cacophonie
Médiation pénale ou pas, respect de la décision de la Cour de justice de la Cedeao sur l’interdiction de sortie du territoire infligée aux responsables libéraux ou non, la majorité au pouvoir n’a pas toujours affiché la parfaite entente. Le contraire aurait certainement surpris au regard de la composition très hétéroclite qui siège au sommet du pays. Quand Idrissa Seck demande plus d’empressement dans la satisfaction des problèmes des Sénégalais ou que Ousmane Tanor Dieng demande le respect de la décision de la Cour de justice de la Cedeao, à l’Apr on rue dans les brancards pour fustiger la déloyauté de leurs alliés. Chez les amis de Macky, consensus rime avec pensée unique.
 
  1. 9.  Prospérité
« Yoonu Yokute », la voie du développement devait passer par une baisse des denrées de première nécessité, des factures d’eau et d’électricité, du prix du loyer, l’accès à l’emploi pour les jeunes, etc. On ne transforme pas un pays en un an, mais on est bien loin du compte. Les 500 000 emplois promis sont plus une proclamation électorale qu’une possibilité éprouvée. Au terme de la première année, seuls 5500 emplois sont promis. Le gap, on le voit, est infranchissable.
  1. Déception
Macky Sall est il toujours aussi populaire ? Cette question mérite d’être posée après la publication du sondage de l’Institut sénégalais de l’opinion le 6 mars dernier. Les résultats ne sont pas favorables à Macky Sall dont la cote a considérablement baissé. De 50% en septembre 2012, la cote de popularité du président est aujourd’hui à 43%. Une chute dans l’estime des Sénégalais dont la cause est à rechercher dans le non respect des promesses de campagne du Président de la République.
Dès lors, ce baromètre en dit long sur la déception des Sénégalais qui ne manqueront pas d’exprimer leur mécontentement au Chef de file de l’Apr Yaakaar lors des prochaines élections. (© Gawlo.net)



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